Appelés à la contemplation

Appelés à la contemplation

“Est-ce par ton intelligence que l’épervier prend son envol?”

Pourquoi poser ici cette question pour le moins saugrenue? S’agit-il de susciter des vocations d’ornithologue? De s’élever contre le rationalisme?

Bien sûr que non.

Contre toute attente, cette question est authentiquement biblique, puisque tirée d’un long dialogue – au demeurant très poétique – entre Dieu et Job (Jb 39,26). Non sans humour, Dieu amène Job à réaliser combien le monde qui l’entoure peut être source d’émerveillement. L’intelligence humaine aura beau décrire et comprendre toujours mieux les phénomènes naturels, elle n’en deviendra pas pour autant l’origine ni le moteur du monde. De même pour notre existence : nous avons, certes, une réelle prise sur elle, par nos choix de vie, mais il n’en demeure pas moins que cette vie nous est donnée, qu’elle jaillit d’une source autre que notre pensée ou notre volonté.

S’émerveiller, c’est donc faire un peu de place à ce qui ne dépend pas de nous, c’est le percevoir et s’en réjouir. On comprend alors que Dieu utilise volontiers l’entrebâillement de notre émerveillement pour se faufiler jusqu’à nous.

Le dialogue entre Dieu et Job se clôt d’ailleurs par cette double exclamation de Job, où l’émerveillement débouche sur la rencontre: «Oui, j’ai parlé, sans comprendre, de merveilles qui me dépassent» et «Par ouï-dire, je Te connaissais, mais maintenant mon œil T’a vu» (Jb 42,3.5).

Vol d’épervier, chant des cigales, nouveaux horizons ou embruns marins : que la pause estivale soit propice à notre émerveillement! Une fleur, en effet, ne prie que si quelqu’un rend grâce pour sa beauté. N’est-ce pas l’authentique vocation de tout être humain que de s’en souvenir et de s’y adonner? Puisse l’été nous y inciter.

 

Jacques Doutaz

 

Crédit photo: mauribo