Le sport, un temps pour Dieu?

Le sport, un temps pour Dieu?

Julien Theux, 23 ans, a grandi à Martigny. Il est actuellement étudiant en ingénierie civil à l’EPFZ et a obtenu son Bachelor à la fin de l’été 2020. C’est au travers de certains efforts sportifs que Julien se retrouve avec sa famille, mais également avec lui-même sous le regard du Créateur. Dans ce témoignage qu’il nous livre, Julien explique comment son besoin de bouger et de transpirer est lié à ses convictions de catholique pratiquant.

Une idée qui peut transformer un quotidien

«Nous sommes à l’Hospice du Gd-St-Bernard un samedi de juillet. C’est la fin du camp annuel de grimpe pour les jeunes organisé par Pierre Darbellay, guide de montagne et Anne-Marie Maillard, oblate de la Congrégation du Gd-St-Bernard. Tous les parents sont conviés à venir chercher leurs enfants à l’Hospice, découvrant de belles photos, souvenirs de la semaine écoulée.

Ce jour-là, une tente de ravitaillement est dressée sur le parking devant l’Hospice et un flot de cyclistes portant un dossard viennent y retrouver un peu de force avant de descendre sur l’Italie, en direction d’Aoste. Mon père, sportif et curieux depuis toujours, se met à analyser ces dossards. Il s’agit du Tour du Mont-Blanc: une épopée qui fait le tour du mythique sommet des Alpes sur une journée avec certains de ces cols alpins majestueux au menu. En quête de buts, d’objectifs, et en amoureux du vélo, une idée germe dans son esprit: porter le même dossard l’année suivante.»

Une graine a germé

«Après une année ponctuée d’entraînements, nous voilà rassemblés, ma mère, mes grands-parents, mes sœurs et mon frère au bord du parcours. Nous encourageons les sportifs aguerris dans l’accomplissement de leur unique objectif: terminer cette aventure pour laquelle ils se préparent depuis des mois, le chrono n’important que très peu sur ce genre d’épreuve.

Je peux vous assurer qu’à la fin de cette journée, les sourires de ceux qui arrivent au bout, les larmes après avoir franchi l’arrivée, la joie de l’objectif accompli, ont été gravés dans nos mémoires.

Cette aventure m’a beaucoup questionnée. A presque 50 ans, mon père a accompli un exploit que je n’aurai pas pu accomplir à 21 ans. Il a réussi à organiser son temps de manière à (re)trouver un équilibre entre sa vie de famille et sa vie professionnelle. Peut-être étais-je, moi aussi, dans le besoin de me fixer un objectif, de travailler mon physique et mon mental, de parvenir à l’accomplissement d’un exploit personnel ou bien à la recherche de reconnaissance?

Après des vacances d’été à Calella, une station balnéaire du sud de l’Espagne qui accueille plusieurs compétitions du type Ironman (triathlon format longue distance), une idée commence à germer dans mon esprit. Les photos de natation dans l’océan, le parcours à vélo sur le bord de mer et la course à pied le long des plages commencent à me faire rêver et petit à petit, moi aussi, j’ai envie d’y participer.»

«C’est décidé, je m’entraîne et me donne les moyens d’arriver au bout d’un Ironman 70.3.»

«Pratiquant avec plaisir la natation, le vélo de route et la course à pied et aimant l’endurance, le semi-Ironman – le 70.3 – est devenu mon objectif. Tout comme mon père, je ne désire pas atteindre des records mais parvenir au bout de cette course, coûte que coûte.»

Quelle est la place de Dieu dans tout cela?

«Dans la préparation d’un évènement qui nous tient à cœur, il y a de la réjouissance, de l’excitation, de l’euphorie mais aussi de la douleur, de la peur et de l’anxiété. Le Christ me rejoint dans chacun de ces moments. J’ai souvent besoin de lui confier mes peurs, mes doutes, mes sentiments, mes réactions mais aussi mes moments de bonheur et d’émerveillement. C’est pour moi un merveilleux compagnon de route dans ce sport – le triathlon – qui reste quand même un sport individuel.

Lorsque je nage, ma tête étant plongée entièrement dans l’eau, les bruits extérieurs sont complètement absorbés. Seul m’accompagne le bruit de ma respiration. Connecté à ce souffle qui me permet d’avancer, je rejoins, dans mon cœur, cet Autre qui me fait vivre. Dieu est, dans ces instants, une oreille attentive, réconfortante, mais aussi motivante. Il me permet de garder le cap, de ne pas m’affoler, de me laver de mes impuretés, de me permettre de sortir de l’eau, heureux, et de pouvoir affronter la suite (le vélo et la course à pied) sereinement et plein d’enthousiasme.»

A la découverte de l’autre

«Alors que j’avale des kilomètres de bitume sur mes deux roues, je peux admirer la beauté de la Création. Ces heures sur ma bécane me font voyager mais me permettent également de découvrir l’autre lorsqu’au bord de la route, un compagnon se retrouve sur le bas-côté, le vélo à l’envers et les doigts plein de saleté (une crevaison!). Alors une phrase suffit : “Ça joue? Besoin d’un coup de main? Tu as encore une chambre à air?” Puis, plus loin, tout prêt du col, un cycliste qui semble épuisé me demande si le sommet est encore loin. Peut-être que le sommet, c’est justement cet instant pris à poser le pied et à lui fournir du mieux que je peux les informations dont il a besoin: le renseignement sur la prochaine fontaine connue alors que son visage semble sec et ses bidons bien vides. Parfois je pense à cette parabole du bon samaritain. Je ne suis pas toujours ce samaritain de la Bible et, dans bien des situations, je suis comme ces blessés au bord de la route. Dans ces instants, le Christ, au travers des actions des autres, me rejoint, me relève et me pousse à continuer d’avancer.»

Quand l’entraînement prend du sens

«Finalement vient la 3ème et dernière discipline : la course à pied. Il faut savoir faire preuve d’humilité quand, après avoir nagé 2 km dans l’eau et transpiré 90 km assis sur une selle, il faut nouer ses baskets pour parcourir un semi-marathon. C’est dans ces instants que l’entrainement accompli tout au long de la préparation prend tout son sens. Le Pape François en parlait justement au début de cette année dans un article paru dans le quotidien sportif italien la  Gazzetta dello Sport . “S’entraîner signifie donc prendre soin du talent, essayer de le faire mûrir au maximum de ses possibilités. Je me souviens de ceux qui couraient le 100 mètres aux Jeux olympiques: pour ces quelques secondes, il y a des années et des années d’entraînement, sans être sous la lumière des projecteurs. De temps en temps, je lis l’histoire d’un grand champion qui est le premier arrivé à l’entraînement et le dernier à partir: c’est le témoignage que la volonté est plus forte que l’habileté. Ici le sport va de pair avec la vie: la beauté, quelle que soit sa déclinaison, est toujours le fruit d’une flamme à faire brûler jour après jour”».

Dernière ligne droite

«Ces derniers kilomètres sont souvent les plus durs, mais ils me permettent de garder les pieds sur terre, me rappelant parfois un chemin de croix lorsque que mon corps commence à me lâcher. Et pourtant, le but est presque atteint. Dans ces instants, l’émotion prend parfois le dessus. Et là, tout simplement, les larmes me montent aux yeux. L’émotion devient trop forte et un besoin d’extérioriser mes ressentis s’impose. Dans ces instants, tout se bouscule dans mon esprit : des “Pourquoi?”, des “Comment?”, des “Plus jamais!” mais aussi des “Merci!”. C’est peut-être ce que je recherche également dans ma quête. Je sais qu’une fois arrivé sur le tapis rouge qui est déroulé pour les cinquante derniers mètres d’un Ironman, mon corps sera au service de mes muscles qui exprimeront leur souffrance. Mais mon esprit sera ailleurs. Soulevé par les émotions et la présence de mes proches, je me sentirai comme porté et je trouverai ainsi l’énergie nécessaire pour franchir la ligne d’arrivée.

«Lors de ces divers entraînements, je prends également conscience de qui je suis et de qui j’aimerais être.»

“Lors de la pratique du triathlon, je me confie à Dieu, le remercie pour ce que je vis. Je crois que le secret est de savoir prendre le temps, sans se hâter, et de savoir écouter les autres, le Christ et soi-même. L’exemple que Jésus nous a laissé m’inspire et me permet de pouvoir continuer à avancer: jours après jours, kilomètres après kilomètres. La crise sanitaire faisant, l’Ironman 70.3 auquel je devais participer en juin 2020 à Rapperswil, au bord du lac de Zurich, est reporté au 6 juin 2021.

Je conclurai donc ce témoignage avec une parole du Saint-Père à la fin de son article dans le quotidien italien la Gazzetta dello Sport : «Priez pour moi, s’il vous plaît: pour que je ne cesse pas de m’entraîner avec Dieu!»

Pour aller plus loin

François-Xavier Amherdt répond dans son livre “Ce que la Bible dit sur… le sport”, paru aux Éditions «Nouvelle Cité» à la question suivante: “Pourquoi donc le sport est-il devenu la religion universelle du XXIe siècle?”. Bonne lecture!