De quelle crise parlons-nous ?
Nous vivons, en Occident, une crise des vocations sacerdotales : les chiffres parlent d’eux-mĂȘmes. Les causes sont multiples : notre sociĂ©tĂ© vit une mutation, la place du prĂȘtre y est moins valorisĂ©e qu’autrefois, les familles ont moins d’enfants, et surtout, il y a moins de croyants et de pratiquants dans nos paroisses.
Cela dit, il faut replacer cette crise dans son contexte. Nous sortons d’une pĂ©riode d’abondance. Il y a 50 ans, l’Ă©vĂȘque se demandait oĂč il pourrait bien placer ses jeunes prĂȘtres ! Quel est le nombre idĂ©al de prĂȘtres ? On aimerait dire " le plus possible ", comme on souhaite qu’il y ait beaucoup de croyants et de saints. Mais cela n’est pas quantifiable. D’un cĂŽtĂ©, il y a beaucoup Ă faire en pastorale. D’un autre cĂŽtĂ©, les prĂȘtres accomplissent encore des tĂąches qui pourraient l’ĂȘtre par d’autres.
Un temps d’Ă©preuve et de purification.
Cette crise des vocations est une Ă©preuve. Nous risquons de nous dĂ©courager ou de nous rĂ©volter : pourquoi de si maigres rĂ©sultats, alors que nous n’avons jamais fait autant d’effort pour animer la pastorale des vocations - et pour soigner la formation des sĂ©minaristes ? En mĂȘme temps, nous sommes convaincus que le Seigneur ne nous abandonne pas, et nous parle par cette Ă©preuve. Comme autrefois au temps de l’Exil, Dieu fait signe, Ă©monde et purifie son Ăglise. La crise des vocations nous oblige Ă devenir humbles, Ă moins compter sur nos propres forces, mais Ă nous confier davantage Ă la grĂące de Dieu.
Quelle pastorale de l’appel aujourd’hui ?
Certaines voix demandent de revenir Ă une logique de dĂ©signation comme dans les premiers siĂšcles de l’Ăglise : quand un poste Ă©tait vacant, la personne la plus apte Ă©tait choisie. C’est ce que nous faisons pour nommer un Ă©vĂȘque ou le pape. Tandis que, pour les prĂȘtres, nous continuons d’attendre ceux qui veulent bien se prĂ©senter. Il nous faudrait donc avoir le courage d’interpeller plus franchement. D’autres rappellent que chaque vocation est d’abord un don de Dieu Ă son Ăglise. On ne peut donc pas mettre les postes au concours comme dans d’autres mĂ©tiers. Par contre, nous pouvons agir en crĂ©ant dans nos familles et nos communautĂ©s un " climat " favorisant une rĂ©ponse Ă l’appel de Dieu.
Que faire concrĂštement ?
La priĂšre reste notre premiĂšre mission, celle que nous demande JĂ©sus : " La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ; priez donc le MaĂźtre de la moisson d’envoyer des ouvriers Ă sa moisson. "(Luc 10,2)
Nous pourrions nous demander ce que nous apporte le ministĂšre du prĂȘtre, en quoi nous avons besoin de lui, et aussi comment nous parlons des prĂȘtres, et ce que nous faisons pour donner envie Ă des enfants et Ă des jeunes de le devenir.
Les prĂȘtres sont invitĂ©s Ă ĂȘtre les premiers tĂ©moins de leur ministĂšre. Que l’on puisse percevoir Ă travers eux, malgrĂ© les difficultĂ©s, la joie, la beautĂ© et la qualitĂ© de leur vocation !
Article par l’AbbĂ© Pascal Desthieux
Mgr Denis Theurillat, Ă©vĂȘque rĂ©pondant pour la jeunesse, est l’un des instigateurs de cette annĂ©e des vocations. Explications.
Monseigneur, pourquoi une année des vocations sacerdotales en 2005 ?
Tout simplement parce que nous avons besoin de prĂȘtres ! Aujourd’hui, les prĂȘtres moins nombreux sont souvent surchargĂ©s. Pourtant, c’est si beau d’ĂȘtre prĂȘtre, d’offrir sa vie Ă Dieu, en rĂ©ponse Ă son appel, et de se donner gĂ©nĂ©reusement pour l’Eglise et en Eglise. Alors, oui, il faut une annĂ©e des vocations sacerdotales, un temps pour (re)dĂ©couvrir la beautĂ© et la grandeur du sacerdoce, reliĂ© Ă toutes les autres vocations.
Qu’attendez-vous de cette annĂ©e ?
Que nous acceptions ce temps comme un cadeau, celui de tĂ©moigner auprĂšs de tous de la beautĂ© de la vocation sacerdotale. N’ayons pas peur d’interpeller : " Ăa vaut la peine ! ", " Vas-y, lance-toi ! " ou encore le mot de Jean-Paul II aux jeunes Ă Berne, en juin 2004 : " Ecoute la voix du Seigneur. "
Demain, il y aura moins de prĂȘtres en Suisse ; comment vivez-vous cela ?
Je le vis mal, car je continue de croire que le prĂȘtre est un envoyĂ©, un tĂ©moin, qui va vers les gens pour faire route avec eux et les convier Ă vivre l’eucharistie et la rĂ©conciliation. Or, on risque d’en faire toujours davantage un " distributeur " de sacrements, qui a de moins en moins prise avec la rĂ©alitĂ© quotidienne.
Ne perdons pas l’espĂ©rance. Mes rendez-vous nombreux avec les jeunes me disent que plusieurs d’entre eux se demandent s’il n’y a pas un appel de Dieu Ă devenir prĂȘtre. Oui, Dieu appelle toujours, aujourd’hui comme hier !