Edito

Les vocations sacerdotales et religieuses ! Il y a longtemps qu’on se plaint qu’il n’y en a pas assez ! Aujourd’hui, sous nos latitudes, le souci des vocations devient une question très préoccupante. Face à cette situation, plusieurs attitudes sont possibles : On peut tout justifier par les chiffres (...)

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Témoignage

Soeur Allison, 29 ans, Carmélite à Develier (Ju)
vendredi 21 janvier 2005.

En vue de la prochaine JMJ à Cologne (thème : nous sommes venus l’adorer) et après sa profession solennelle, Sr Allison parle de sa joie. ( Cet événement a d’ailleurs donné lieu à une émission de TV "Racines")

Nous sommes au temps de Noël. Nous venons de vivre l’Epiphanie. Ici, au monastère, des personnages exotiques viennent d’être ajoutés à la crèche. A la cithare quelques notes plus "orientales" ont trouvé place au répertoire de la Messe dominicale, et en ces jours gris de janvier l’étoile habite mon esprit.

Suivre une étoile, c’est un peu romantique, un peu éthéré. La pratique répandue de faire un vÅ“u à la vue de l’étoile filante ainsi que des expressions comme "naître sous une bonne étoile" et "il faut suivre son étoile" convergent et donnent parfois aux rois mages la réputation de rêveurs, épris de l’irréel. Pourtant, des propos de ces hommes en marche émerge, limpide et ferme, cet objectif concret : Nous sommes venus nous prosterner devant lui. Celui en quête duquel ils sont venus de si loin ne se trouve pas dans les nuages. C’est un roi, un enfant, qu’ils sont venus adorer.

Nous sommes venus l’adorer. Intimes me paraissent ces paroles. En elles, quelque chose d’intérieur apparaît devant moi en langage. Ne puis-je pas dire, moi aussi, que je suis venue l’adorer ? Avec mes sÅ“urs carmélites ici à Develier, je m’avance à mon tour pour adorer le Seigneur aujourd’hui et demain et pour toujours. Pour toujours, voilà la promesse, la prière, sortie de ma bouche ce 4 juillet dernier, jour de ma Profession solennelle. Pour toujours, chaque jour, je m’avancerai pour l’adorer, et cette avancée elle-même sera adoration.

Ma vie au Carmel, en cet espace érigé pour l’amour, sera mon offrande, ma contribution à l’humanité. Car celui qui adore à véritablement quelque chose à offrir :

...ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents... Mt 2, 11

Les coffrets ouverts des carmélites, les coffrets ouverts de tout disciple du Christ, ce sont leurs vies livrées. Offrir sa vie à Celui seul qui peut pleinement la recevoir, à Celui qui en est l’Auteur, en devenant ainsi son ami, n’est-ce pas là le bonheur ? Le don de soi sans réserve est l’accomplissement suprême du désir féminin, nous dit Edith Stein. Ce qui est vrai de la femme de manière éminente et comme signe radieux dans le ciel de notre histoire l’est tout autant pour chacun : s’épanouir c’est se donner. C’est à la fois trouver en Dieu sa joie et faire la joie de Dieu.

Une très grande joie fut éprouvée par les mages à la vue de l’étoile (cf Mt. 2, 10). Quelle était cette joie si ce n’est celle de voir lever la lumière dans l’obscurité, celle de la rencontre de Celui que l’on cherche, celle de se savoir mené là où, si profondément, on voulait aller : au Christ. Ces voyageurs, savaient-ils en ce soir d’autrefois que leur joie devenait lumière ; qu’à la vue de l’Enfant incomparable en qui ils avaient cru ils devenaient des étoiles pour leurs frères ?

Être lumière pour ses frères, c’est la joie du disciple ; c’est la joie de mes sÅ“urs ; c’est ma joie. Mais comment au Carmel être lumière ? Comment briller, là où l’on n’est pas vu ? C’est avant tout en croyant à la Lumière, en La recevant en soi, que la carmélite participe à son extension. En adorant, elle laisse passer la Lumière du Christ. Sa contemplation est missionnaire. Mais sa mission est souvent invisible même à ses propres yeux, et l’éclat de ses journées se fait aussi discret qu’un enfant couché sur la paille, sous la paille peut-être, dans une crèche. Oui, nous sommes venues au Carmel pour l’adorer, pour l’adorer dans la discrétion même où il se révèle, Lumière qui brille dans les ténèbres rendue visible par la foi.

Sr. Allison Anna de la Mère de Dieu, o.c.d.


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