
N.B. La seconde partie du document n’est pas proposé ici. Elle trace des propositions pour les trois régions linguistiques de la Suisse.
Préface
N.B. La seconde partie du document n’est pas proposé ici. Elle trace des propositions pour les trois régions linguistiques de la Suisse.
L’Évangile selon Saint Jean rapporte que Jésus vient, le soir qui précède Pâques, au milieu de ses disciples réunis derrière des portes fermées et qu’il leur donne son salut de paix. Puis il souffle sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Jn 20,22-23). Le pardon des péchés est ainsi un cadeau pascal du Christ ressuscité et même le premier et le plus précieux, de même qu’il est une mission à l’Église en devenir.
Le péché et le pardon des péchés ont une dimension très personnelle qui concerne directement tout un chacun. Ils rendent particulièrement évident que Dieu ne va pas à la rencontre de l’homme comme seule partie d’un tout, mais qu’il connaît personnellement chacun, l’appelle par son nom et lui permet de repartir à zéro lorsqu’il est tombé dans la faute. C’est pourquoi notre réponse à Dieu doit être tout aussi personnelle, aussi et précisément lorsque nous nous penchons sur notre faute et notre péché, comme nous pouvons le faire dans une confession individuelle au cours d’un entretien. La confession individuelle est finalement la forme d’expression la plus adéquate pour le péché et la faute.
Car l’homme trouve et confirme par la confession que sa propre liberté est l’origine de sa faute et il renonce à tout alibi comme aussi à la rejeter sur les autres.
Les croyants ont partiellement perdu conscience, au cours des dernières années, de cette dimension personnelle de la faute, de la conversion, de la pénitence et de la réconciliation. Car il est devenu habituel de donner le sacrement du pardon dans une cérémonie pénitentielle communautaire.
Cette forme fait sens pour exprimer la dimension ecclésiale publique de la pénitence et du pardon. Par contre, le sens magnifique de la confession individuelle se trouve dans le fait que chaque chrétien réfléchit devant Dieu à la vie qu’il a reçue par le baptême, se confronte directement à sa propre histoire de la faute et s’assure, en reconnaissant ses péchés devant le prêtre qui représente l’Église, que lui aussi nuit par son péché à la crédibilité de l’Église en tant que corps du Christ. Lors de l’entretien de réconciliation, l’homme peut évoquer son comportement fautif, prononcer lui-même son désir de changement et recevoir l’assurance réconfortante que les péchés sont pardonnés par Dieu. Car reconnaître son péché et recevoir personnellement l’assurance du pardon répondent à l’attention que le
Dieu trinitaire porte à chaque baptisé personnellement.
De même que la faute humaine - malgré tous nos liens avec la communauté - reste finalement quelque chose d’éminemment personnel, sa guérison, c’est-à -dire le pardon de la faute et la réconciliation de
Dieu avec nous autres, humains, doit également être très personnelle.
C’est pourquoi, nous, évêques suisses, tenons beaucoup à ce que nous nous rappelions la dimension individuelle et personnelle de la faute et du pardon. Les réflexions de fond et les comptes-rendus concrets d’expériences faites, qui se trouvent dans ce document, répondent à ce souhait, surtout à l’époque actuelle qui s’attache particulièrement à cultiver l’individualité et la personnalité de chacun. Nous, évêques suisses, espérons que nos réflexions aideront à redécouvrir et apprécier le premier cadeau pascal et le plus précieux que le Ressuscité nous ait fait.
+ Kurt Koch
Président de la Conférence des évêques suisses

Impulsions visant à renouveler la confession individuelle dans le cadre de la pastorale du pardon
Devenir un, vivre réconcilié, intégrer les différentes facettes de sa personnalité en un juste milieu sont des désirs profonds des humains (également) de nos jours. Les formes ecclésiales de pénitence et de réconciliation répondent à ce besoin et témoignent de l’amour miséricordieux de Dieu à notre égard. Parallèlement, ce service de la réconciliation est aujourd’hui dans une phase critique. II rencontre différentes résistances, dont les suivantes : il est difficile de pardonner et de demander pardon, deux démarches présentées comme des faiblesses. Alors que les médias connaissent une accumulation d’aveux des fautes et de pardon public par les instances séculières, la pratique religieuse de la réconciliation tombe partiellement dans l’oubli. Pourquoi vivre la réconciliation ? Pourquoi conserver les formes liturgiques du sacrement de la réconciliation ? Il faut chercher en théologie et dans la proclamation de la Parole des formes praticables pour faire prendre conscience à nouveau à tout son peuple du cadeau que constitue la réconciliation de Dieu.
Lorsque, en tant que chrétiens et évêques, nous nous demandons comment aider les hommes à réaliser une vie pleine réconciliée, il faut aussi relever, parmi les différentes formes de pardon et du sacrement du pardon, la démarche individuelle de réconciliation. En effet, celle-ci - sans préjugé aucun - se révèle une réponse étonnamment actuelle à la quête des gens d’aujourd’hui.
Les réflexions suivantes veulent donc encourager les prêtres, les diacres, les religieux, les assistantes et assistants pastoraux, les catéchètes hommes et femmes, ainsi que tous les responsables de la pastorale paroissiale et catégorielle à redécouvrir le sacrement de la réconciliation sous la forme de la démarche individuelle de pardon.
Les impulsions présentées ici ne se veulent pas une présentation exhaustive de la théologie ou de la pratique pénitentielles. Elles veulent désigner, sous forme de thèses, le potentiel de guérison et de libération que procure le sacrement du pardon, donner des suggestions pratiques pour trouver des lieux propices à la réconciliation, ainsi que susciter des discussions et motiver à une pratique renouvelée de la démarche individuelle de pardon en mentionnant de bonnes expériences faites.
I. Les chances de la confession individuelle à l’heure actuelle
1. Un sacrement en crise
Lorsqu’on parle des chances de la confession individuelle, on ne peut pas occulter le fait que, pour beaucoup, celle-ci est vécue comme un problème, un reliquat du passé ou comme quelque chose d’étrange et de déconcertant. Cette appréciation du sacrement peut avoir plusieurs causes. Beaucoup n’arrivaient pas à comprendre les distinctions classiques entre péchés mortel et véniel. La critique religieuse des temps modernes a considéré le discours de l’Église sur la faute et le péché surtout comme une tentative consciente de garder les gens sous sa coupe. Le postulat du Siècle des Lumières, selon lequel l’Homme doit se servir de sa raison, a appelé à s’émanciper de l’enseignement de l’Église sur la faute et le pardon.
La question de la « juste compréhension de la faute » en intrigue plus
d’un : comment parler dans la vie moderne de faute ? Un temps, on
parlait de « l’innocence présumée » de la société moderne. Les événements des dernières années nous ont fait cependant redécouvrir la pertinence du discours sur la faute. Quelles sont les raisons d’une utilisation personnelle des mots « innocence » et « faute » ?
De nombreuses racines de la crise se trouvent dans la pratique religieuse elle-même. Des expériences négatives faites en confession pendant le temps de la socialisation religieuse peuvent avoir des répercussions à vie. Une nouvelle sensibilité s’est développée dans l’éducation religieuse sur la question de l’âge adéquat pour l’éducation au pardon.
Les paroisses ont innové dans ces questions.
La question des sexes et une nouvelle recherche du rapport entre l’individu et la communauté exigent de réfléchir de nouveau à ce sacrement.
Dans de nombreuses paroisses, la pratique régulière du sacrement du pardon a fortement reculé, voire disparu. Il n’est pas rare que les prêtres eux-mêmes ne pratiquent plus la confession individuelle. Souvent, les prêtres manquent. Comment les paroisses, les communautés, les fidèles peuvent-ils trouver, dans une telle situation, un nouvel accès au sacrement du pardon ? Que dirions-nous à celles et ceux qui sont en recherche, aux non-chrétiens, s’ils en venaient à nous aborder sur la question du sacrement de la réconciliation ? Pourquoi cette pratique
religieuse et liturgique a-t-elle rang de sacrement ? Comment vivons-nous au quotidien l’appel à la conversion ?
Que faut-il redécouvrir en relation avec le sacrement du pardon, que
faut-il laisser tomber comme faisant partie de l’histoire, afin de pouvoir vivre une approche conforme à l’Évangile ? De nouveaux courants dans la pastorale du pardon indiquent une réorientation en ce qui concerne la confession individuelle.
Il vaut donc la peine de chercher ensemble comment faire entendre
aujourd’hui, de manière moderne et adéquate, notre invitation à cette forme de réconciliation.
2. Importance salutaire de la conversion et de la réflexion critique sur sa vie
À une époque où les hommes sont à la recherche d’un art de vivre, on constate une plus grande sensibilité au fait qu’il n’est pas bon de vivre au jour le jour sans réfléchir au chemin que l’on emprunte. Dans ce contexte, pour réussir sa vie, il faut aussi changer les habitudes qui se révèlent être des impasses.
Les chrétiens puisent à une riche palette d’expériences comportant une réflexion critique sur sa propre vie (« examen de conscience », « révision de vie »). On peut y faire appel dans une discussion portant sur l’appréciation actuelle de l’art de vivre. Mais il ne faut pas sous-estimer ni surestimer le niveau auquel se trouvent les hommes dans leur recherche d’une bonne forme de vie pour eux, pas plus qu’il ne faut passer sous silence des thèmes « difficiles » comme de parler de la faute, du péché et du pardon. Ces thèmes sont partie intégrante d’une vie chrétienne, car ils sont des jalons incontournables pour arriver à une vie libre. Les chrétiens ont le courage de reconnaître leur faute, car ils placent leur vie sous l’appel du Christ à changer de conduite (Mc 1,15), croient à sa promesse de pardon et l’ont découverte comme un chemin libérateur pour l’avenir.
3. Liberté et responsabilité de l’être humain
Si la proclamation chrétienne de la Parole veut éveiller ou garder vive la conscience de la faute, c’est par amour de la dignité humaine. Est en jeu une conception de l’être humain qui accorde un grand prix à sa liberté et à sa responsabilité face à sa propre vie. Pouvoir être coupable présuppose être capable de faute. Les chrétiens témoignent que Dieu parle aux humains de leur faute parce qu’Il les croit capables d’agir autrement et de pouvoir se décider pour le bien. Malgré toutes les limites (biographiques, psychiques, sociales) l’homme n’est pas déterminé dans son action. Si on en appelle à la responsabilité, qu’on croit en elle et la stimule, c’est pour le bien des humains et pour qu’ils réussissent leur vie.
4. Refoulement et souffrance
Les situations dans lesquelles les hommes rejettent le bien et font le mal les confrontent à leur propre fragilité. Cette expérience est difficilement supportable. C’est pourquoi la faute porte dès l’origine à « se cacher ». La faute veut se rendre invisible. Les conditions posées par notre société d’aujourd’hui exigent que la faute soit refoulée ; il est donc d’autant plus difficile d’y faire face. Par manque de lieux où se
confronter à sa faute, on est laissé seul face à sa faute, une situation que beaucoup ne maîtrisent pas. La souffrance d’avoir échoué est d’autant plus oppressante que l’espoir du pardon a souvent disparu.
Dans ce contexte, le message chrétien du pardon n’est pas moins libérateur aujourd’hui qu’autrefois.
5. La foi comme condition préalable au discours sur le péché
« Péché » n’est pas un simple synonyme de « mal » ou de « faute ». La notion de « péché » est basée sur la certitude que, au cÅ“ur de l’alliance entre l’homme et Dieu, il existe une relation d’amour et d’amitié. Il est possible d’éveiller et d’alimenter, chez les personnes qui vivent cette relation, l’intuition que cette relation est à soigner. Ils seront attentifs lorsqu’ils n’avanceront pas dans cette relation, lorsque leur foi et leur vie ne seront plus en harmonie et que leur façon de vivre ne correspondra plus à la communion avec Dieu. La foi chrétienne démasque la faute comme quelque chose qui fragilise ou brise la relation avec Dieu, comme un éloignement progressif, voire radical, de l’amour de Dieu par ses actions concrètes. Le péché endurcit les cours, nous rendant ainsi incapables de continuer à nous ouvrir à Dieu et aux autres hommes. Il en résulte un manquement à l’amitié avec Dieu et autrui. La parole de Dieu veut, comme une lumière, éclairer et guider les consciences, pour que nous puissions distinguer le bien du mal et mesurer l’état de notre éloignement de Dieu.
6. Lien entre péché et Église
L’opinion publique est sensible à la crédibilité de 1’ Église. Il ne faut pas grand-chose aux chrétiens pour qu’ils réalisent que cette crédibilité dépend aussi de leur personne et de leur manière de vivre et d’agir en tant que membre de l’Église. Lorsque des chrétiens donnent un contre-témoignage par un comportement mensonger et sans amour, la crédibilité de l’Église est ternie. Cet exemple montre clairement que le péché personnel a quelque chose à voir avec l’Église et doit être lavé, le cas échéant, dans le cadre explicite de l’Église.
De plus, le péché affaiblit les forces positives dans le monde. Celui qui pèche contribue à ce que ses contemporains, ainsi que les générations futures, ne vivent pas dans un monde aussi bon qu’il pourrait et devrait être.
7. Le sacrement du pardon pour arriver à une vie nouvelle
Le sacrement du pardon veut faire entrer la faute dans un processus de guérison. Celui qui préférerait cacher sa faute à lui-même et aux autres, mais n’échappe pas ainsi à la souffrance, révèle sa détresse dans la confession et la confie à la miséricorde de Dieu.
Celui qui ne peut plus se supporter à cause de ses actions, celui qui craint d’être vu par l’autre à la lumière de son échec, peut, durant la confession, prendre ses distances d’avec ses actions. Le pardon divin, qui fait la part des choses entre le péché et le pécheur, empêche que le pécheur s’identifie ou soit identifié à son péché.
Celui qui tombe dans l’isolement à cause de sa faute cherche à nouveau, dans le sacrement, le lien avec la communauté de l’Eglise - signe précurseur d’une relation renouvelée aussi hors sacrement.
Celui qui reçoit le pardon divin a le droit de se savoir accepté, non pas grâce à ses prestations, mais bien plus - malgré toutes ses défaillances - grâce à la miséricorde de Dieu.
Celui qui choisit d’entrer dans ce processus de confession et de pardon, assume de nouveau ses responsabilités, qui lui ouvrent de nouvelles possibilités d’action pour l’avenir.
Même s’il n’est pas simple parfois de vaincre ses résistances pour aller vers le sacrement du pardon, cela se révèle être une étape libératrice - dont on peut toujours refaire l’expérience.
Le pardon : renouer le contact avec Dieu !
II. La confession individuelle dans le contexte de différentes formes de pénitence et de réconciliation
1. Diversité des formes du pardon
Il existe différentes manières d’exercer une réflexion critique sur sa propre vie, de reconnaître ses péchés, de changer de conduite et prendre un nouveau départ en recevant le pardon. Les occasions de se re-pencher sur sa vie sont multiples. L’examen de conscience traditionnel le soir, une forme de conversion quotidienne, est pratiqué par de nombreuses personnes dans une « prière de bienveillante attention ». La lecture des Écritures ou d’autres lectures spirituelles jettent une lumière sur sa propre vie et permettent d’y distinguer les zones d’ombre. L’ acte de contrition de différentes célébrations liturgiques permet un temps d’arrêt dans le déroulement de la vie quotidienne. Même le dialogue avec d’autres, surtout dans le cadre d’un accompagnement spirituel, aide à reconnaître ses propres défaillances et à les avouer.
Examiner son propre péché donne l’impulsion de chercher les voies du renouvellement : donner des signes de réconciliation et s’inquiéter concrètement du bien-être d’autrui. Les principaux temps de pénitence de l’Église exhortent à chaque fois à emprunter le chemin du changement.
Pénitence et conversion ne sont pas des étapes par lesquelles les hommes peuvent chercher à remettre seuls leur vie sur les rails. L’invitation de Dieu à se tourner vers lui précède toujours la conversion humaine. Il est le Dieu miséricordieux, qui désire de toutes ses forces la conversion des hommes et accorde volontiers le pardon. Son pardon est nécessaire aux humains jour après jour et accordé jour après jour.
Selon une tradition séculaire de l’Église, le jeûne, la prière et l’aumône, la lecture des Écritures, le souci apporté au bien du prochain, ainsi que les formes communautaires de pénitence sont des voies concrètes de la transmission du pardon divin. Dans un entretien de direction de conscience, notamment dans le cadre d’un accompagnement spirituel, le pardon peut aussi être imploré hors confession. La rémission des péchés est un don de tous les sacrements. Fondamentalement, elle est donnée par le baptême, qui purifie du péché et ouvre la voie à une vie nouvelle. La célébration de l’Eucharistie rappelle le don de soi de Jésus pour le pardon des péchés. Elle donne part à la mort et à la résurrection de Jésus et, par là , à la rédemption. Outre le sacrement de la réconciliation, l’onction des malades est une promesse expresse de rémission des péchés.
Le sacrement du pardon en lui-même met la réconciliation avec Dieu et avec l’Église tout à fait au centre. Le pardon accordé permet le retour dans la pleine réalité de la vie nouvelle offerte par le baptême et permet ainsi un nouveau départ. Le sacrement du pardon peut être célébré sous différentes formes, répondant aux différentes situations. Le livre liturgique « La célébration du pardon » mentionne, à côté de la forme classique de la réconciliation individuelle, la célébration communautaire de la réconciliation qui peut recouvrir soit la forme d’une célébration de la réconciliation avec confession et absolution individuelles ou - dans certains cas - avec aveu communautaire des fautes et absolution générale.
Conserver ces différentes cérémonies de pardon n’entre pas en concurrence avec la confession individuelle, mais crée le contexte qui permet aussi d’emprunter la voie de la confession individuelle.
2. Chance de la confession individuelle
Le don du pardon divin peut donc parvenir aux hommes par des voies très différentes. La confession individuelle s’en distingue en ce sens qu’elle souligne particulièrement des moments précis du processus de pénitence et de réconciliation.
D’un côté, la confession individuelle invite les pénitents à nommer le péché dont ils ont pris conscience et dont ils souffrent. L’aveu va à l’encontre de la tendance humaine à cacher sa faute. Une fois nommé,
le péché perd sa force de destruction. L’obscurité de la vie humaine est enlevée pour que la lumière puisse briller sur elle.
De même, le pardon sacramentel accordé dans la confession individuelle se caractérise par son objet concret. La confession individuelle permet de prononcer l’absolution pour une situation de faute exprimée et rappelée ainsi douloureusement à la conscience. C’est donc concrètement que le pénitent peut acquérir la certitude reconnaissante que Dieu l’accepte et lui pardonne. En mettant à nu sa misère, il reçoit l’assurance concrète du pardon et peut faire l’expérience que le pardon divin touche et guérit vraiment sa situation spécifique et concrète.
C’est une expérience salutaire, lorsque le tourment de la faute pèse et que la possibilité d’un nouveau départ semble exclue. Tant il est vrai que la foi en un pardon offert ne va pas de soi précisément là où les hommes ressentent la gravité de leurs fautes.
Ainsi, la confession individuelle est une forme de pardon qui aborde de manière particulière les situations de vie individuelles et les conduit au pardon de Dieu. Elle exige, d’une part, une confrontation personnelle avec sa vie et sa relation à Dieu et elle exprime, d’autre part, l’affection compatissante de Dieu à l’égard de chacun. Elle est une façon d’exposer directement à la lumière de la grâce les ombres de la vie humaine. Un entretien de réconciliation peut aussi aborder la situation personnelle du pénitent et l’aider concrètement à prendre un nouveau départ. Lorsque les personnes formulent en quoi elles se sentent coupables, on peut souvent les aider en faisant la distinction entre une culpabilité réelle et l’ombre du mal qui les a perturbées sans leur consentement.
3. Absolution sacramentelle indissociable des ministres ordonnés
Beaucoup se demandent pourquoi il faut un prêtre pour la confession. Que l’absolution sacramentelle ne puisse être donnée que par un ministre ordonné rappelle que le pardon est un don de Dieu que nous, humains, ne pouvons nous accorder à nous-mêmes et que nous ne pouvons pas non plus nous accorder de nous-mêmes l’un l’autre. Dans l’absolution sacramentelle par le prêtre, qui ne prononce pas le pardon
personnellement, mais à la place de Jésus-Christ et au nom de la communauté ecclésiale, on vit concrètement que c’est Jésus-Christ lui-même qui pardonne et que la communion avec l’Eglise est restaurée.
4. Permettre de bonnes expériences de la confession individuelle
La confession individuelle est la voie prescrite pour obtenir le pardon d’une faute grave. Elle est également une possibilité rédemptrice de trouver le pardon dans sa vie et de prendre un nouveau départ. Mais les fidèles doivent pouvoir en faire l’expérience. C’est pourquoi on ne peut répondre seulement à l’aide des commandements et du droit canon aux questions posées sur le sens de la confession individuelle. Il faut donner la possibilité d’une bonne pratique du sacrement, à laquelle les fidèles pourront recourir dans l’une ou l’autre situation. Les enfants et les jeunes surtout, s’ils ont vécu, lors de la première confession ou à d’autres occasions, la confession comme une expérience libératrice et une source de joie, auront la chance de se rappeler plus tard, dans d’autres contextes de vie, cette expérience et d’accepter à nouveau l’invitation au sacrement de la réconciliation.
III. Quelques suggestions pratiques pour chercher de nouveaux lieux de réconciliation

1. Lieux où se confesser : paroisses et centres de réconciliation dans les décanats
Au vu des difficultés liées à la confession individuelle et, parallèlement, au vu des chances qu’elle offre, la question se pose de savoir quels lieux sont adéquats aujourd’hui pour inviter au sacrement du pardon. La paroisse est et reste ce lieu par excellence. Mais il faut tenir compte du fait que de nombreuses paroisses n’ont plus de prêtres. De plus, nombreux sont ceux qui préfèrent se confesser ailleurs que dans leur paroisse. Il est donc recommandé à chaque décanat de proposer entretiens et confessions dans un lieu central, dans lequel les prêtres du décanat, éventuellement secondés par des religieux, des prêtres à la retraite ou des directeurs de conscience spécialisés, écoutent régulièrement les confessions.
Temps et rythmes doivent être déterminés en fonction de la situation. Dans les églises de centre-villes, il s’est avéré adéquat de prévoir chaque jour des heures de confessions régulières, voire de veiller à la présence constante, durant la journée, de prêtres, offrant ainsi un lieu où l’on puisse se confesser.
2. Monastères et couvents comme centres de réconciliation
En complément des centres mis à disposition par les décanats, les couvents se prêtent à être des centres de réconciliation, spécialement à cause de leur tradition spirituelle et de leur rayonnement. Ils ne peuvent toutefois assumer une plus grande charge que celle autorisée par leur style de vie et leurs champs d’activité.
3. Aumônerie allophone
Il faut aussi donner aux croyants allophones une possibilité centralisée de confession, réunissant responsables des missions linguistiques et, le cas échéant, religieux.
4. Collaboration avec les femmes
Dans le cadre des centres de réconciliation et des couvents, il faut promouvoir de nouvelles possibilités de collaborations entre les prêtres et les moniales, respectivement les femmes responsables de l’aumônerie.
La théologie des ministères ne peut résoudre seule la difficulté que de nombreuses femmes éprouvent à se confesser à des hommes. Les femmes peuvent souvent jeter des ponts et ouvrir la voie vers la réconciliation.
5. Formation indispensable
Les efforts entrepris pour donner un nouveau souffle à la confession individuelle ne peuvent porter leurs fruits que si les confesseurs sont bien formés. Il faut donc attacher un grand prix à la formation de base et à une formation permanente, notamment dans la conduite d’entretien et en psychologie. En cas de pathologie, il faut rendre attentif à la nécessité de faire appel à des spécialistes en psychiatrie.
6. Occasions d’inviter à la confession individuelle
Retraites, pèlerinages, événements particuliers dans le cadre de la paroisse ou dépassant le cadre de la région, etc. peuvent devenir pour les paroisses des journées de réconciliation. Il faut pour cela une préparation méticuleuse, notamment pour assurer un nombre suffisant de prêtres à disposition. On ne peut pas non plus prévoir une telle manifestation dans les couvents sans accords préalables.
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