Edito

Les vocations sacerdotales et religieuses ! Il y a longtemps qu’on se plaint qu’il n’y en a pas assez ! Aujourd’hui, sous nos latitudes, le souci des vocations devient une question très prĂ©occupante. Face Ă  cette situation, plusieurs attitudes sont possibles : On peut tout justifier par les chiffres (...)

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Le CRV   

Un phare Ă  l’horizon

Nouvelles vocations pour une nouvelle Europe
mercredi 7 novembre 2007.

L’Europe s’apprĂŞte Ă  fĂŞter le 10ème anniversaire du document "In Verbo Tuo", sorte de Charte europĂ©enne pour la pastorale des vocations. Le Père Jean-Emmanuel de Ena (Prieur du Couvent des Carmes Ă  Fribourg, docteur en thĂ©ologie et chargĂ© de cours Ă  l’UniversitĂ©) nous offre un rĂ©sumĂ© de ce document.

Brève synthèse du document final du Congrès européen sur les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée en Europe

Rome, 5-10 mai 1997

Introduction

Après une introduction expliquant les circonstances du document (n° 1-3) et Ă  qui il s’adresse (4-7), tout en donnant dĂ©jĂ  le ton (6 :« Dans une Eglise entièrement vocationnelle, tous sont animateurs des vocations »), le but est ainsi Ă©noncĂ© : le document « cherchera surtout Ă  conjuguer la rĂ©flexion thĂ©ologique et la pratique pastorale, les propositions thĂ©oriques et les indications pĂ©dagogiques, pour offrir une aide concrète et pratique Ă  tous ceux qui travaillent dans le domaine de l’animation des vocations » (8). « Concrètement, ce texte suit la logique (…) : du concret de l’existence Ă  la rĂ©flexion, pour revenir au concret existentiel » (9) soit une tentative d’analyser la situation des vocations aujourd’hui en Europe (première partie : 10-13) « pour analyser ensuite le thème de la vocation du point de vue thĂ©ologique » (deuxième partie : 14-23), afin de proposer ensuite une pastorale des vocations (troisième partie : 24-29) et enfin une pĂ©dagogie des vocations (quatrième partie : 30-37) avant la conclusion finale (38-39).

I. Situation

La « première partie constitue un regard sapientiel sur l’Europe, en Ă©tant conscient de sa complexitĂ© culturelle oĂą semble prĂ©dominer un modèle anthropologique d’ “homme sans vocation”. La nouvelle Ă©vangĂ©lisation doit rĂ©affirmer le sens fort de la vie comme « vocation », avec son appel fondamental Ă  la saintetĂ©, en recrĂ©ant une culture favorable aux diffĂ©rentes vocations et capable de provoquer un vĂ©ritable sursaut de qualitĂ© dans la pastorale des vocations ».

Nous nous trouvons devant une nouvelle Europe diversifiĂ©e et complexe oĂą « les “valeurs” diffĂ©rentes et contrastantes se mĂŞlent et coexistent, sans une hiĂ©rarchie prĂ©cise ; des codes de lecture et d’Ă©valuation, d’orientation et de comportement, tout Ă  fait dissemblables entre eux. Dans ce contexte, il apparaĂ®t difficile d’avoir une conception ou une vision unitaire du monde et la capacitĂ© de faire des projets de vie devient faible elle aussi ». « Les jeunes EuropĂ©ens vivent dans cette culture pluraliste et ambivalente, « polythĂ©iste » et neutre. D’un cĂ´tĂ©, ils cherchent passionnĂ©ment l’authenticitĂ©, l’affection, les rapports personnels, la grandeur d’horizons, mais, de l’autre, ils sont profondĂ©ment seuls, « blessĂ©s » par le bien-ĂŞtre, déçus par les idĂ©ologies, perdus par la dĂ©sorientation Ă©thique. » Ils revendiquent la subjectivitĂ© et le dĂ©sir de libertĂ© et sombrent parfois dans le subjectivisme et l’arbitraire. « Ce n’est pas Dieu qui pose problème, mais l’Eglise (…). De nombreux jeunes ont encore peur qu’une expĂ©rience dans l’Eglise limite leur libertĂ© ». Le futur est conçu comme la rĂ©alisation de soi ce « qui rĂ©duit l’avenir au choix d’une profession, au bien-ĂŞtre Ă©conomique ou Ă  la satisfaction sentimentale et Ă©motive » sans « ouverture au mystère et Ă  la transcendance » : « il s’agit d’une sensibilitĂ© et d’une mentalitĂ© qui risquent de donner naissance Ă  une sorte de culture anti-vocationnelle », « le modèle anthropologique dominant semble ĂŞtre celui de l’« homme sans vocation ». « Une culture pluraliste et complexe tend Ă  engendrer des jeunes caractĂ©risĂ©s par une identitĂ© inachevĂ©e et faible entraĂ®nant une indĂ©cision chronique face Ă  un choix de vocation. De nombreux jeunes ne possèdent mĂŞme pas la « grammaire Ă©lĂ©mentaire » de l’existence ». Cependant, ils « ont une nostalgie de la libertĂ© et cherchent la vĂ©ritĂ©, la spiritualitĂ©, l’authenticitĂ©, l’originalitĂ© personnelle et la transparence » et ils veulent « construire une nouvelle sociĂ©tĂ© fondĂ©e sur des valeurs comme la paix, la justice, le respect de l’environnement, l’attention envers les diversitĂ©s, la solidaritĂ©, le volontariat et l’Ă©gale dignitĂ© de la femme ». « En dernière analyse, les recherches les plus rĂ©centes dĂ©crivent les jeunes EuropĂ©ens comme Ă©garĂ©s, mais non pas dĂ©sespĂ©rĂ©s » (11).

« Le cheminement de la nouvelle Ă©vangĂ©lisation doit donc partir de lĂ  et c’est lĂ  qu’il doit aboutir pour Ă©vangĂ©liser la vie et le sens de la vie, l’exigence de libertĂ© et de subjectivitĂ©, le sens de l’ĂŞtre dans le monde et de la relation aux autres. C’est de lĂ  que pourra Ă©merger une culture des vocations et un modèle d’homme ouvert Ă  l’appel ». « La vocation universelle Ă  la saintetĂ©, soulignĂ©e avec force par le Concile (LG 32 ; 39-42 : chap. V) doit susciter « de nouveaux desseins de saintetĂ©, car l’Europe a surtout besoin de cette saintetĂ© particulière que requiert le moment prĂ©sent, donc originale et, d’une certaine façon, sans prĂ©cĂ©dents » (12).

« Un nouveau discours sur la vocation et sur les vocations, sur la culture et sur la pastorale des vocations s’impose donc. Le Congrès a voulu accueillir une certaine sensibilitĂ©, dĂ©sormais largement diffuse sur ces thèmes, proposant toutefois en mĂŞme temps un ’sursaut’ idĂ©al pour ouvrir de nouveaux printemps dans nos Eglises ». « Le Saint-Père, dans son Discours aux participants au Congrès, souhaite que l’attention patiente et constante de la communautĂ© chrĂ©tienne au mystère de l’appel divin entraĂ®ne une « nouvelle culture des vocations chez les jeunes et dans les familles ». Elle constitue un ensemble de valeurs « peut-ĂŞtre un peu oubliĂ©es, d’une certaine mentalitĂ© Ă©mergente (« culture de mort » selon certains), comme la gratitude, l’accueil du mystère, le sens de l’inachevĂ© chez l’homme et en mĂŞme temps de son ouverture Ă  la transcendance, sa disponibilitĂ© Ă  se laisser appeler par un autre (ou par un Autre) et interpeller par la vie, sa confiance en soi et dans le prochain, sa libertĂ© de s’Ă©mouvoir face au don reçu, face Ă  l’affection, Ă  la comprĂ©hension, au pardon, en dĂ©couvrant que ce que l’on a reçu est toujours immĂ©ritĂ©, excède toujours sa propre mesure et est source de responsabilitĂ© Ă  l’Ă©gard de la vie ». « Le Pape ajoute : « Le malaise qui traverse le monde des jeunes rĂ©vèle, notamment chez les nouvelles gĂ©nĂ©rations, des questions pressantes sur le sens de l’existence, confirmant ainsi que rien ni personne ne peut Ă©touffer la question du sens et le dĂ©sir de vĂ©ritĂ©. Pour beaucoup, c’est le terrain sur lequel se joue la recherche de vocation ». « En effet, la pĂ©nurie des vocations spĂ©cifiques — les vocations au pluriel — est surtout absence de conscience vocationnelle de la vie — la vocation au singulier —, c’est-Ă -dire absence de culture de la vocation » (13).

« La pastorale des vocations en Europe est arrivĂ©e Ă  un tournant historique, Ă  un passage dĂ©cisif ». « Si la pastorale des vocations est nĂ©e comme une urgence liĂ©e Ă  une situation de crise et d’indigence vocationnelle, il est impossible aujourd’hui de la penser avec la mĂŞme prĂ©caritĂ©, motivĂ©e par une conjoncture nĂ©gative, mais — au contraire — elle apparaĂ®t comme l’expression stable et cohĂ©rente de la maternitĂ© de l’Eglise, ouverte au plan de Dieu, que nul ne peut arrĂŞter et qui engendre toujours la vie en elle ». « Si, autrefois, la promotion des vocations se rĂ©fĂ©rait seulement ou surtout Ă  certaines vocations, aujourd’hui elle devrait tendre toujours plus Ă  la promotion de toutes les vocations, car dans l’Eglise du Seigneur tous grandissent ensemble ou personne ne grandit ». « Si l’objectif semblait autrefois ĂŞtre le recrutement, et la mĂ©thode la propagande, souvent en forçant un peu la libertĂ© de l’individu et avec des Ă©pisodes de « concurrence », il doit toujours ĂŞtre clair Ă  prĂ©sent que notre but est le service Ă  rendre Ă  la personne, afin qu’elle sache discerner le projet de Dieu sur la vie pour l’Ă©dification de l’Eglise et qu’elle se reconnaisse en lui et rĂ©alise sa propre vĂ©ritĂ© ». « Si, Ă  une Ă©poque pas très lointaine, certains s’imaginaient pouvoir rĂ©soudre la crise des vocations par des choix discutables, par exemple en « important des vocations » d’ailleurs (souvent en les dĂ©racinant de leur contexte), aujourd’hui personne ne devrait s’imaginer pouvoir rĂ©soudre la crise des vocations en la contournant, car le Seigneur continue Ă  appeler dans chaque Eglise et en tout lieu ». « Face Ă  la moisson du Royaume de Dieu, face Ă  la moisson de la nouvelle Europe et de la nouvelle Ă©vangĂ©lisation, les « ouvriers » sont et seront peu nombreux, « petit troupeau et grande mission », pour faire mieux ressortir que la vocation est initiative de Dieu, don du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (13).

II. Théologie de la vocation

« Le but fondamental de cette partie thĂ©ologique est de permettre de saisir le sens de la vie humaine par rapport Ă  Dieu, communion trinitaire. Le mystère du Père, du Fils et du Saint-Esprit fonde la pleine existence de l’homme, en tant qu’appel Ă  l’amour dans le don de soi et dans la saintetĂ© et en tant que don dans l’Eglise pour le monde. Toute anthropologie dĂ©tachĂ©e de Dieu est illusoire » (14).

Bien que très riche, nous renonçons Ă  faire ici un rĂ©sumĂ© de cette rĂ©flexion pour n’évoquer que les grands titres. « La TrinitĂ©, en elle-mĂŞme, est un entrelacement mystĂ©rieux d’appels et de rĂ©ponses. Ce n’est que lĂ , Ă  l’intĂ©rieur de ce dialogue ininterrompu, que chaque vivant retrouve non seulement ses racines, mais aussi son destin et son avenir, ce qu’il est appelĂ© Ă  ĂŞtre et Ă  devenir, dans la vĂ©ritĂ© et la libertĂ©, dans le concret de son histoire » (15). Le Père appelle Ă  la vie, dont l’amour est le sens plĂ©nier et la vocation de tout homme. « Cette vocation Ă  la vie et Ă  la vie divine est cĂ©lĂ©brĂ©e dans le BaptĂŞme » (16) Le Fils appelle Ă  le suivre, il a Ă©tĂ© envoyĂ© pour cela, afin que nous donnions comme lui notre vie par amour dans la mission en puisant Ă  l’Eucharistie (17). « L’Esprit appelle au tĂ©moignage », animant et accompagnant les vocations, appelant tous Ă  la saintetĂ©, au service de la vocation de l’Eglise, en lui disant « oui » par la Confirmation (18).

La vocation est don « dans l’Eglise et dans le monde, pour l’Eglise et le monde », l’Eglise Ă©tant elle-mĂŞme « communautĂ© et communion de vocations », « mère de vocations » (19).

Après une Ă©vocation de la dimension Ĺ“cumĂ©nique (20) et de la situation des Eglises catholiques d’Orient (21), le document en vient Ă  la difficile question du rapport entre ministère ordonnĂ© et les autres vocations et confirme la teneur de nos Ă©changes : « Dans beaucoup d’Eglises particulières, la pastorale des vocations a encore besoin de faire la clartĂ© sur les rapports entre ministère ordonnĂ©, vocation de consĂ©cration spĂ©ciale et toutes les autres vocations. Une pastorale des vocations unitaire se fonde sur la nature vocationnelle de l’Eglise et de toute vie humaine comme appel et rĂ©ponse. Ceci est Ă  la base des efforts unitaires de toute l’Eglise pour toutes les vocations et, en particulier, pour les vocations de consĂ©cration spĂ©ciale ». « Une attention pastorale particulière semble devoir ĂŞtre accordĂ©e aujourd’hui au ministère ordonnĂ©, qui reprĂ©sente la première modalitĂ© spĂ©cifique d’annonce de l’Evangile. Il reprĂ©sente « la garantie permanente de la prĂ©sence sacramentelle, dans la diversitĂ© des temps et des lieux, du Christ RĂ©dempteur » (Christifideles laici 55) et exprime prĂ©cisĂ©ment la dĂ©pendance directe de l’Eglise par rapport au Christ qui continue Ă  envoyer son Esprit (…) ». « Le ministère ordonnĂ© exerce un service de communion dans la communautĂ© et, en vertu de cela, possède la tâche inĂ©luctable de promouvoir toute vocation. D’oĂą la traduction pastorale : le ministère ordonnĂ© pour toutes les vocations et toutes les vocations pour le ministère ordonnĂ© dans la rĂ©ciprocitĂ© de la communion ». « Une Eglise est d’autant plus vivante que l’expression des diverses vocations en elle est riche et variĂ©e. Par ailleurs, Ă  une Ă©poque comme la nĂ´tre, qui a besoin de prophĂ©tie, il est sage de favoriser ces vocations qui sont un signe particulier de « ce que nous serons et qui n’a pas encore Ă©tĂ© manifestĂ© » (1 Jn 3, 2), comme les vocations de consĂ©cration spĂ©ciale ; mais il est sage Ă©galement et indispensable de favoriser l’aspect prophĂ©tique typique de chaque vocation chrĂ©tienne, y compris laĂŻque, afin que l’Eglise soit toujours plus, face au monde, signe des choses futures, de ce Royaume qui est « dĂ©jĂ  maintenant et pas encore » (22) ».

En ce sens, Marie est le parfait exemple d’ « une crĂ©ature en qui le dialogue entre la libertĂ© de Dieu et la libertĂ© de l’homme se rĂ©alise d’une manière parfaite, de sorte que les deux libertĂ©s puissent agir entre elles en rĂ©alisant pleinement le projet de vocation » (23).

III. La pastorale des vocations

Après avoir pris comme rĂ©fĂ©rence l’histoire de l’Eglise primitive, en particulier dans les Actes (24), le document revient sur les aspects thĂ©ologiques de la pastorale des vocations. Elle « naĂ®t du mystère de l’Eglise », car, comme son nom l’indique, elle est une « assemblĂ©e d’appelĂ©s » « Ă  communiquer la foi ». « La pastorale des vocations n’est pas un Ă©lĂ©ment accessoire ou secondaire, tendant simplement au recrutement d’agents pastoraux, ni un moment isolĂ© ou sectoriel, dĂ©terminĂ© par une situation ecclĂ©siale d’urgence, mais plutĂ´t une activitĂ© liĂ©e Ă  l’ĂŞtre de l’Eglise et donc aussi intimement insĂ©rĂ©e dans la pastorale gĂ©nĂ©rale de chaque Eglise ». « Tous les membres de l’Eglise, sans exception, ont la grâce et la responsabilitĂ© des vocations. (…) Ce n’est que sur la base de cette conviction que la pastorale des vocations pourra manifester son visage vĂ©ritablement ecclĂ©sial et dĂ©velopper une action concordante, en se servant Ă©galement d’organismes spĂ©cifiques et d’instruments adĂ©quats de communion et de co-responsabilitĂ© ». « Par consĂ©quent, elle respectera et encouragera la diversitĂ© des charismes et des ministères, donc des diffĂ©rentes vocations, qui sont des manifestations de l’unique Esprit » (25).

Toute « pastorale authentique rend le croyant vigilant, attentif aux nombreux appels du Seigneur, prĂŞt Ă  capter sa voix et Ă  lui rĂ©pondre ». « Elle partira de l’intention explicite de placer le croyant face Ă  la proposition de Dieu ; elle oeuvrera pour conduire le sujet Ă  prendre ses responsabilitĂ©s Ă  l’Ă©gard du don reçu ou de la Parole de Dieu entendue ». En ce sens, « la vocation est l’affaire la plus sĂ©rieuse de la pastorale contemporaine » appelĂ©e Ă  ĂŞtre plus courageuse, franche et explicite ; « plus pro-vocante que consolante ; capable, en tout cas, de transmettre le sens dramatique de la vie de l’homme, appelĂ© Ă  faire quelque chose que personne ne pourra faire Ă  sa place ». « Une pastorale des vocations correcte exige que les choses se fassent graduellement, en partant des valeurs fondamentales et universelles (le bien extraordinaire de la vie) et des vĂ©ritĂ©s qui sont telles pour tous (la vie est un bien reçu qui tend par nature Ă  devenir bien donnĂ©), pour passer ensuite Ă  une spĂ©cification progressive, toujours plus personnelle et concrète, croyante et rĂ©vĂ©lĂ©e, de l’appel. Sur un plan plus prĂ©cisĂ©ment pĂ©dagogique, il est important tout d’abord d’inculquer le sens de la vie et de la gratitude pour celle-ci ; pour transmettre ensuite cette attitude fondamentale de responsabilitĂ© Ă  l’Ă©gard de l’existence, et qui demande par nature une rĂ©ponse de la part de chacun dans la ligne de la gratuitĂ©. De lĂ , on peut ensuite passer Ă  la transcendance de Dieu, CrĂ©ateur et Père. Ce n’est qu’Ă  ce moment-lĂ  qu’une proposition forte et radicale (comme devrait toujours l’ĂŞtre la vocation chrĂ©tienne) devient possible, comme celle de se consacrer Ă  Dieu dans la vie sacerdotale ou consacrĂ©e ». « En ce sens, la pastorale des vocations est d’abord gĂ©nĂ©rale, puis spĂ©cifique, respectant un ordre qu’il ne semble pas raisonnable d’inverser et qui dĂ©conseille, en gĂ©nĂ©ral, de proposer immĂ©diatement une vocation particulière, sans aucune catĂ©chèse progressive ». « Certains craignent que l’Ă©largissement de l’idĂ©e de vocation puisse nuire Ă  la promotion spĂ©cifique des vocations au sacerdoce et Ă  la vie consacrĂ©e ; en rĂ©alitĂ©, c’est exactement le contraire. Le caractère graduel de l’annonce de la vocation permet, en effet, de passer de l’objectif au subjectif et du gĂ©nĂ©ral au particulier, sans anticiper ni brĂ»ler les Ă©tapes des propositions, mais en les faisant converger entre elles et vers la proposition dĂ©cisive pour la personne, qu’il faudra indiquer au moment opportun et mesurer attentivement, selon un rythme qui tienne compte du destinataire en question. L’ordre harmonieux et progressif rend beaucoup plus provocante et accessible la proposition dĂ©cisive faite Ă  la personne ».

La pastorale des vocations s’adresse Ă  tous les hommes sans exception et Ă  tous les âges de la vie. Elle est personnelle et communautaire. « Du point de vue de l’animation des vocations, il est urgent aujourd’hui de passer d’une pastorale des vocations gĂ©rĂ©e par un agent pastoral seul Ă  une pastorale toujours plus conçue comme une action communautaire, de toute la communautĂ© sous ses diverses expressions : groupes, mouvements, paroisses, diocèses, instituts religieux et sĂ©culiers... ». « Si c’est toute la communautĂ© ecclĂ©siale qui appelle, c’est encore toute la communautĂ© ecclĂ©siale qui est appelĂ©e, sans aucune exception ». « (…) il est tout aussi vrai cependant que ce mĂŞme appel doit ĂŞtre personnalisĂ©, adressĂ© Ă  une personne prĂ©cise, Ă  sa conscience, Ă  l’intĂ©rieur d’une relation tout Ă  fait personnelle ».

« En consĂ©quence, la pastorale des vocations se situe et doit se situer en rapport avec toutes les autres dimensions » de la pastorale (familiale, culturelle, de la jeunesse, etc.). Par exemple, « pensons Ă  l’importance que pourrait avoir une pastorale des vocations et familiale qui Ă©duquerait progressivement les parents Ă  ĂŞtre les premiers animateurs-Ă©ducateurs des vocations ». « Ce lien facilite le dynamisme pastoral car, de fait, il lui est congĂ©nital : les vocations, comme les charismes, se cherchent entre eux, s’Ă©clairent rĂ©ciproquement, sont complĂ©mentaires les uns des autres. En revanche, isolĂ©s ils deviennent incomprĂ©hensibles » (26).

« La rĂ©flexion et la tradition de l’Eglise indiquent que normalement le discernement d’une vocation advient en suivant plusieurs chemins communautaires prĂ©cis : la liturgie et la prière, la communion ecclĂ©siale, le service de la charitĂ© ou l’expĂ©rience de l’amour de Dieu reçu et offert Ă  travers le tĂ©moignage » (27). Il faut Ă©galement des lieux prĂ©cis pour cultiver les vocations comme la communautĂ© paroissiale, le sĂ©minaire, les groupes, les mouvements, les associations et mĂŞme l’école. Il faut Ă©galement des figures de formateurs et de formatrices et des organismes spĂ©cifiques de pastorale des vocations qui puissent « d’abord exprimer en leur sein la synthèse et la communion des charismes et des ministères » et qui « prennent davantage Ă  coeur deux questions : la promotion d’une authentique culture des vocations dans la sociĂ©tĂ© civile et ecclĂ©siale (…) et la formation d’Ă©ducateurs-formateurs des vocations, Ă©lĂ©ment vĂ©ritablement central et stratĂ©gique de l’actuelle pastorale des vocations » (29).

IV. Pédagogie des vocations

« Cette partie pĂ©dagogique est puisĂ©e au sein mĂŞme de l’Evangile, s’inspirant de l’exemple de cet extraordinaire animateur-Ă©ducateur des vocations qu’est JĂ©sus, et en vue d’une animation des vocations rythmĂ©e par des attitudes pĂ©dagogico-Ă©vangĂ©liques prĂ©cises : semer, accompagner, Ă©duquer, former, discerner ». « Ce sont les cinq caractĂ©ristiques centrales du ministère vocationnel ou les cinq dimensions du mystère de l’appel qui arrive Ă  l’homme Ă  travers la mĂ©diation d’un frère, d’une soeur ou d’une communautĂ© ». En effet, « nous constatons la faiblesse de nombreux lieux pĂ©dagogiques (groupe, communautĂ©, patronage, Ă©cole et surtout famille). La crise des vocations est certainement aussi une crise de proposition pĂ©dagogique et de chemin Ă©ducatif » (30).

Le document s’appuie sur la parabole du semeur en Mt 13, 3-8 pour développer les cinq dimensions de l’appel.

Semer c’est accepter que « la libertĂ© de Dieu rencontre la libertĂ© de l’homme, en un dialogue mystĂ©rieux et fascinant, fait de paroles et de silences, de messages et d’actions, de regards et de gestes, (entre) une libertĂ© qui est parfaite, celle de Dieu, et l’autre imparfaite, celle de l’homme ». « Celui qui se place Ă  cĂ´tĂ© d’un frère au long du chemin de discernement d’une vocation entre dans le mystère de la libertĂ© et sait qu’il ne pourra apporter son aide que s’il respecte ce mystère. MĂŞme si cela devait correspondre, du moins en apparence, Ă  un moindre rĂ©sultat. Comme pour le semeur de l’Evangile ». Il faut avoir le courage de semer partout, Ă  « l’image du « gaspillage » de la gĂ©nĂ©rositĂ© divine ». « On se plaint souvent dans l’Eglise du manque de rĂ©ponses au niveau des vocations, mais on ne s’aperçoit pas que souvent la proposition est faite Ă  l’intĂ©rieur d’un cercle restreint de personnes et, peut-ĂŞtre, retirĂ©e aussitĂ´t après le premier refus ». Il faut aussi semer au bon moment, « chaque saison de l’existence ayant une signification vocationnelle », « l’expĂ©rience pastorale montrant que la première manifestation de la vocation naĂ®t, dans la plupart des cas, dans l’enfance et dans l’adolescence ». Si aujourd’hui la culture des vocations semble « le plus petit des grains » (« il ne suscite très souvent aucun attrait immĂ©diat ; il est mĂŞme refusĂ© ou dĂ©menti, comme Ă©touffĂ© par d’autres attentes et d’autres projets, pas pris au sĂ©rieux ; ou encore il est considĂ©rĂ© comme suspect et avec mĂ©fiance, presque comme une semence de malheur »), il « possède une force qui n’est pas immĂ©diatement Ă©vidente et Ă©clatante et qui a mĂŞme besoin de beaucoup de soin pour mĂ»rir. (…) pour garantir une rĂ©colte Ă  la bonne saison, il faut s’occuper de tout, absolument de tout, du terrain au grain ; il faut faire attention Ă  tout, de ce qui le fait croĂ®tre Ă  ce qui empĂŞche sa croissance ; il faut mĂŞme tenir compte des intempĂ©ries impondĂ©rables des saisons. Il se passe quelque chose de semblable dans le domaine des vocations » (33). 

Accompagner c’est s’approcher, proposer un « itinĂ©raire pĂ©dagogique (…) un voyage orientĂ© vers la maturitĂ© de la foi, comme un pèlerinage vers le stade adulte du croyant, appelĂ© Ă  dĂ©cider de lui-mĂŞme et de sa vie dans la libertĂ© et la responsabilitĂ©, selon la vĂ©ritĂ© du mystĂ©rieux projet pensĂ© par Dieu pour lui », « dans une relation de disciple », en apprenant Ă  reconnaĂ®tre Celui qui nous rejoint sur nos chemins d’EmmaĂĽs. « La pastorale des vocations ne peut pas ĂŞtre « attentiste » (…) De ce point de vue, l’accompagnateur des vocations doit ĂŞtre « intelligent », quelqu’un qui n’impose pas nĂ©cessairement ses questions, mais qui part de celles du jeune, quelles qu’elles soient. Ou qui est capable — si nĂ©cessaire - de susciter et de dĂ©couvrir la demande de vocation qui habite le coeur de chaque jeune, mais qui attend d’ĂŞtre creusĂ©e par de vĂ©ritables formateurs de vocations ». Il va jusqu’à « tĂ©moigner de son propre choix, ou mieux, du choix que Dieu a fait de lui ». D’oĂą l’importance de « passer du temps avec les jeunes ». « L’animation des vocations se fait seulement par contagion, par contact direct, parce que le coeur est plein et l’expĂ©rience de la beautĂ© continue Ă  fasciner » (34).

Eduquer « le jeune au sens Ă©tymologique du verbe, comme pour extraire (e-ducere) de lui sa vĂ©ritĂ© , ce qu’il a dans son coeur, mĂŞme ce qu’il ne sait pas et ne connaĂ®t pas de lui-mĂŞme : faiblesses et aspirations, pour encourager la libertĂ© de la rĂ©ponse Ă  la vocation » ; « faire ressortir la rĂ©alitĂ© du moi, tel qu’il est, si l’on veut ensuite le conduire Ă  ĂŞtre comme il doit ĂŞtre ». Il faut l’éduquer au mystère, afin que « le jeune accepte de ne pas savoir », « la perte du sens du mystère Ă©tant une des principales causes de la crise des vocations » : « ce qui compte c’est qu’il dĂ©couvre et dĂ©cide de placer en dehors de lui, en Dieu le Père, la recherche du fondement de son existence » en apprenant « Ă  lire la vie Ă  la lumière de la Parole de Dieu ». Il faut enfin Ă©duquer Ă  in-voquer « pour apprendre Ă  Ă©couter le Dieu qui appelle » (35).

Former Ă  reconnaĂ®tre JĂ©sus sur le chemin d’EmmaĂĽs et, en mĂŞme temps, la vĂ©ritĂ© de la vie. La vocation sera alors une reconnaissance-gratitude pour un don qui ne repose pas sur les propres mĂ©rites. Enfin, « former une personne Ă  faire un choix de vocation veut dire faire dĂ©couvrir toujours plus le lien entre expĂ©rience de Dieu et dĂ©couverte du moi, entre thĂ©ophanie et auto-identitĂ©. (…) Lorsque l’acte de foi parvient Ă  conjuguer la « reconnaissance christologique » et la « reconnaissance anthropologique », le grain de la vocation est dĂ©jĂ  mĂ»r » (36).

Discerner concerne aussi bien celui qui est appelĂ© que celui qui guide. De la part du premier, cela suppose la capacitĂ© de dĂ©cision « qui fait souvent dĂ©faut chez les jeunes d’aujourd’hui ». C’est pourquoi « il semble utile de les prĂ©parer progressivement Ă  assumer des responsabilitĂ©s personnelles ». « D’un autre cĂ´tĂ©, il faut rappeler que très souvent ces peurs et indĂ©cisions indiquent non seulement la faiblesse de la structure psychologique de la personne, mais aussi de l’expĂ©rience spirituelle et, en particulier, de l’expĂ©rience de la vocation comme choix qui vient de Dieu ». « L’incapacitĂ© de prendre une dĂ©cision n’est pas nĂ©cessairement caractĂ©ristique de la gĂ©nĂ©ration des jeunes d’aujourd’hui : il n’est pas rare qu’elle soit la consĂ©quence d’un accompagnement vocationnel qui n’a pas assez soulignĂ© la primautĂ© de Dieu dans le choix ou qui ne lui a pas enseignĂ© Ă  se laisser choisir par lui ». Lorsque le choix est fait le tĂ©moignage personnel rencontre le tĂ©moignage communautaire (cf. Lc 24, 33-35). Quant au guide, il doit avoir discernĂ© « la nature et la mission du sacerdoce ministĂ©riel » ainsi « de toute vocation Ă  la vie consacrĂ©e ».

« Nous indiquons maintenant quelques critères de discernement, que l’on peut rĂ©partir selon quatre catĂ©gories » : ouverture au mystère ; l’identitĂ© dans la vocation ; la qualitĂ© du rapport entre passĂ© et avenir, entre mĂ©moire et projet ; la docilitĂ© Ă  la vocation (37).

Conclusion

Le document s’achève par une brève conclusion orientant vers le JubilĂ© de l’an 2000, invitant Ă  la conversion face Ă  la crise des vocations et Ă  l’espĂ©rance « que le MaĂ®tre de la moisson ne laissera pas son Eglise manquer d’ouvriers pour sa moisson » (38). Le dernier paragraphe est une prière Ă  la TrinitĂ© « source et destin de toute vocation », par l’intercession de la Vierge Marie (39).

Lire l’intĂ©gralitĂ© du document :

- www.vatican.va/roman_curia/congregations

Pour le CRV

Père Jean-Emmanuel de Ena o.c.d. novembre 2007

Contacter le Père de Ena :
- www.unifr.ch


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