Edito

Les vocations sacerdotales et religieuses ! Il y a longtemps qu’on se plaint qu’il n’y en a pas assez ! Aujourd’hui, sous nos latitudes, le souci des vocations devient une question très prĂ©occupante. Face Ă  cette situation, plusieurs attitudes sont possibles : On peut tout justifier par les chiffres (...)

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News  

Interview du secrétaire de Benoît XVI

Mgr Georg Gänswein
vendredi 7 mars 2008.

La foi comme don de Dieu, la personne de BenoĂ®t XVI, son Ă©lection, le discours de Ratisbonne, le livre JĂ©sus de Nazareth, l’Islam, le relativisme... tels sont les quelques questions que le journaliste allemand Peter Seewald a posĂ©es au "jeune" prĂŞtre Mgr Ganswein, secrĂ©taire du Pape actuel. Et quelques questions plus "cools" !

Süddeutsche Zeitung – 27 juillet 2007 ( original en allemand - désolé pour les approximations françaises )

Interview de Mgr Georg Gänswein par Peter Seewald

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Le Pape est toujours habillé de blanc, aussi en regardant la télévision

Quand on a l’occasion unique de parler avec le secrĂ©taire privĂ© de BenoĂ®t XVI, on peut aussi aborder des choses tout Ă  fait de ce mode, car en fin de compte Georg Gänswein habite avec le Pape dans un genre de « communautĂ© d’habitation ».

PS : Monseigneur, comment va le Pape ?

GG : Il va bien, il se sent bien, travaille beaucoup avec une grande vitesse.

Est-ce qu’il utilise le vĂ©lo d’appartement que lui a prescrit son mĂ©decin Buzzonetti ?

Ce vélo se trouve chez nous dans "l’appartamento privato".

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Il est gentiment lĂ  : prĂŞt Ă  ĂŞtre utilisĂ©.

En son temps, le cardinal Ratzinger souhaitait se retirer, il se sentait épuisé.

Avec l’élection en tant que Pape, il s’est passĂ© quelque chose ; il n’y a pas aspirĂ© et ne l’a pas voulu. Mais – quand il s’est par la suite petit Ă  petit insĂ©rĂ© dans la VolontĂ© de Dieu - je suis convaincu que la Grâce de la Fonction a laissĂ© et laisse des traces visibles dans la personne et dans l’action.

Comment avait-il rĂ©agit Ă  la dĂ©cision d’élection ?

J’ai rejoint la chapelle sixtine au moment où un cardinal après l’autre s’agenouillait devant le Pape pour lui promettre obéissance. Son visage était presque aussi blanc que la soutane blanche et sa calotte sur la tête. Il avait l’air extrêmement affecté.

Qu’est qu’il vous a passĂ© par la tĂŞte en ce moment ?

C’était comme une tempête tourbillonnante et trouver des pensées claires absolument impossible. Aussi les jours suivants, c’était comme un tsunami.

Et quand avez-vous su que votre vie allait changer radicalement ?

C’était ainsi : Lors de l’hommage, quand c’était mon tour après les cardinaux, je disais : « Saint-Père, je vous promets mon obĂ©issance, ma fidĂ©litĂ©, mon engagement en tout ce que vous exigez de moi. Je suis Ă  votre disposition avec toutes mes forces, sans limitation.

Et la rĂ©ponse ?

Il me regardait, acquiesçait de la tête et remerciait.

Est-ce que votre salaire a-t-il changĂ© ?

Je ne gagne ni plus ni moins qu’avant. La seule différence est que l’adresse sur mon décompte-salaire a changé.

Le fils d’un forgeron venant d’un village de 450 âmes dans la ForĂŞt-noir qui voyage Ă  cĂ´tĂ© du Saint Père en hĂ©licoptère et partage les soucis de l’Eglise du monde – Est-ce qu’on se demande lĂ  : Pourquoi moi ? Que veut Dieu de moi ?

En effet, exactement cette question je me la suis posée – et pas seulement une fois. C’est une tâche qui n’est pas planifiable. En promettant au Saint-Père fidélité et obéissance, j’ai essayé de répondre à la question. En cela, personnellement j’y vois moi aussi un signe du doigt de Dieu, me mettant face à cette tâche sans retenues.

Probablement ĂŞtes-vous le premier secrĂ©taire d’un pape de l’histoire de l’Eglise qui se trouve lui-mĂŞme Ă  cĂ´tĂ© du pontifex dans le point de mire du public : des magazines people adorent le « sunnyboy en soutane » ; selon la Schweizer Weltwoche vous seriez sans contestation l’homme en talar le plus beau qu’on pouvait voir au Vatican… Donatella Versace vous a mĂŞme dĂ©diĂ© une ligne de mode. Etes-vous dĂ©rangĂ© par votre image en tant que « coqueluche des femmes » ?

Je n’en ai pas rougit, cela m’a un peu irritĂ©. Ce n’est pas blessant et d’abord ça m’a aussi flattĂ©, ce n’est pas un pĂ©chĂ©. Auparavant, je n’ai jamais Ă©tait confrontĂ© si frontalement et directement avec ma coquille. Puis, j’ai remarquĂ© que cela est la plus part du temps une expression de sympathie : un bonus, non pas un malus ; on peut bien s’en accommoder. Cependant, je souhaiterais aussi, qu’on ne reste pas Ă  l’aspect extĂ©rieur, mais que l’on prenne aussi connaissance de la substance sous la coquille.

Recevez-vous des lettres d’amour ?

Oui, ça arrive de temps à temps.

Vous parliez une fois de « l’envie clĂ©ricale ».

Je disais cela en relation avec des expressions qui mĂ©disaient de moi : « Celui-ci veut gagner du pouvoir, il veut se mettre au premier plan » et des choses semblables. Il y a eu et il y a des potins bĂŞtes et nĂ©gatifs, des fois on ment carrĂ©ment. Mais, je ne m’en soucis plus.

Aussi depuis le Vatican ?

Le Vatican est aussi une « Cour d’ Etat » et il y a Ă©galement des potins de cour. Mais il y a aussi des flèches qui sont tirĂ©, très consciemment et ciblĂ©es. J’ai d’abord dĂ» apprendre Ă  faire avec.

Il paraîtrait que vous êtes à disposition pour le siège vacant de l’évêché de Munich.

Ce sont des « Ĺ“ufs non pondus ». Librement inventĂ©, tirĂ© par les cheveux.

Personne ne pensait qu’il Ă©tait possible qu’un successeur Ă  un « Pape d’un millĂ©naire » tel que Karol Wojtyla puisse rĂ©ussir si rapidement. Maintenant, tout est diffĂ©rent. Pas seulement que BenoĂ®t XVI attire le double de visiteurs, que ses Ă©crits atteignent des Ă©ditions par millions. Papa Ratzinger est entre temps reconnu comme un des penseurs les plus significatifs de notre prĂ©sent. Et contrairement Ă  son prĂ©dĂ©cesseur il n’est guère critiquĂ©. Qu’est-ce qu’il a, que d’autres n’ont pas ?

Le fait d’être Pape donne naturellement une plus grande accessibilitĂ©, une plus grande efficacitĂ© (possibilitĂ© d’action) et aussi une plus grande force de pĂ©nĂ©tration. Un connaisseur de la scène romaine disait une fois pendant le voyage du Pape en Bavière : « Jean-Paul II a ouvert les cĹ“urs, BenoĂ®t XVI les rempli. » En cela, il y a beaucoup de vrai. Le Pape atteint les cĹ“urs des hommes, il s’adresse Ă  eux, mais il ne parle pas de lui, il parle de JĂ©sus Christ, de Dieu, et cela d’une manière vivante, comprĂ©hensible, convaincante. C’est cela que les hommes cherchent. BenoĂ®t XVI offre de la nourriture spirituelle.

Est-ce que Jean-Paul II voulait que la cardinal Ratzinger devienne son successeur ?

Sur cela, il fut beaucoup spéculé. Je ne le sais pas. En tout cas, malgré les demandes réitérées de Ratzinger de démission en tant que préfet de la congrégation pour la foi, il ne lui a pas accordé le congé de sa fonction.

ConsidĂ©rez-vous cela en tant que « argumentum e silentio », en tant que conclusion Ă  partir du silence ?

C’est possible. Il est vrai que le Pape Jean-Paul II a souvent dit Ă  des proches collaborateurs : « je voudrais garder le cardinal Ratzinger, j’en ai besoin de lui en tant que tĂŞte thĂ©ologique ». De cela, il serait possible de dĂ©duire quelques choses…

C’est devenu plus tranquille au Palazzo Apostolico. BenoĂ®t XVI a notablement rĂ©duit le nombre des audiences et rarement des hĂ´tes Ă  table. Est-ce que ça signifie que l’on travaille moins, justement sous un allemand ?

On ne travaille pas moins, mais d’une manière plus concentrĂ©. Le Pape est un travailleur stricte et rapide. Pour cela il a besoin de temps : pour lire, pour Ă©tudier, pour prier, pour rĂ©flĂ©chir, pour Ă©crire. Cela n’est possible que grâce Ă  une organisation stricte, si l’on change des choses ou les supprime en faveur du plus important.

Est-ce que cela veut dire que son prĂ©dĂ©cesseur a Ă©tĂ© un peu dĂ©passĂ© sur le plan conceptuel (de l’organisation) ?

Absolument pas. Avec Jean-Paul II, en comparaison avec des pontificats antérieurs, tout est monté en superlatifs. Pensez seulement au nombre d’audiences, de voyages, de documents, de célébrations liturgiques, ou bien aussi les saintes messes matinales dans la chapelle privée des papes, à lesquelles ont été toujours invitées de nombreuses personnes. Cela coûte jour après jour énormément de temps, que l’on doit épargner. Pour Benoît XVI, un tel rythme serait impensable. Après tout, Jean-Paul II n’est pas devenu Pape avec 78 ans, mais à 58.

A la fin de l’ère Wojtyla, pas mal de choses sont restées en plan.

C’est un secret de polichinelle, que le Pape Jean-Paul II ne s’est pas beaucoup soucié de la Curie romaine. Ce n’est pas une critique, simplement un fait. Le Pape actuel a travaillé les dernières 23 ans à la place la plus importante de la Curie. Il la connaît mieux que quiconque. Ceci est pour lui une expérience unique et un immense avantage.

Est-ce qu’un Pape peut avoir des problèmes avec la Curie ?

Un regard dans l’histoire montre : oui cela peut arriver. Un point de faiblesse est certainement l’indiscrĂ©tion. Malheureusement c’est ainsi, qu’il y a toujours des endroits permĂ©ables en ce qui concerne des nominations, l’élaboration de documents, des mesures disciplinaires etc. Ce n’est pas seulement fâcheux. Cela entraĂ®ne aussi le danger, qu’il est possible d’exercer consciemment de l’influence de l’extĂ©rieur, qui entraĂ®ne de l’irritation. Un autre point, partout oĂą une composition internationale Ĺ“uvre dans la Curie romaine, existent des mentalitĂ©s diffĂ©rentes, des styles de travail, des reprĂ©sentations, des temps et des caractères personnels qui s’entrechoquent. Il arrive que cela provoque des Ă©tincelles.

En fin de comptes, est-ce le Pape est maĂ®tre des processus ?

En avez-vous des doutes ? Le Pape reçoit rĂ©gulièrement ses collaborateurs les plus importants en audience. Jour après jour, semaine après semaine. En plus, les responsables des dicastères viennent en audience Ă  une frĂ©quence rĂ©gulière. Cela garantit d’une manière institutionnalisĂ©e non seulement le contact personnel nĂ©cessaire, le flux d’informations important, mais aussi l’échange indispensable pour les deux cĂ´tĂ©s. Le Pape Ă©coute, demande conseil, rĂ©flĂ©chit, dĂ©cide.

Joseph Ratzinger est-il rapide dans l’étude des documents ?

Rapide comme la foudre (foudroyant), et il a une mémoire d’éléphant.

Quelques uns critiques, le Pape serait dans une sorte de « splendid isolation » dans une cage dorĂ© ; qu’il serait impossible Ă  l’approcher.

C’est une bĂŞtise. Tous les matins, il y a les audiences privĂ©es, les après-midi les rencontres de travail avec les collaborateurs les plus proches. Et cela six jours par semaine. En sus, il y a beaucoup de rencontres Ă  l’intĂ©rieur et Ă  l’extĂ©rieur des murs du Vatican. Cage dorĂ© ? Bien sĂ»r que non ! Il se peut que cela cache aussi une critique Ă  mon Ă©gard, que je protège trop le Pape. Totalement exagĂ©rĂ©.

Au fond, il est un homme timide. En même temps, il a quelque chose d’inconfortable, de récalcitrant à l’égard de quelque chose de trop courant, contre la bêtise.

Chacun peut se rendre compte, que le Saint Père n’est pas un homme fonceur, mais plus tôt réservé.

Le Pape Ă©crit lui-mĂŞme tous ses textes importants, aussi le discours de Ratisbonne avec la citation controversĂ©e tirĂ©e d’un livre historique Ă  propos d’une dispute avec les musulmans.Pourquoi personne n’a relu (vĂ©rifiĂ© ?) le texte ?

Je tiens le discours de Ratisbonne, tel qu’il a été prononcé, comme prophétique.

Est-ce que l’effroi a Ă©tĂ© grand quand on a pris connaissance des attaques furieuses du monde musulman ?

Qu’il y a eu quelques réactions grossières, nous l’avons entendu pour la première fois après le retour de Bavière à l’aéroport de Rome. C’était une grosse surprise, aussi de la part du Pape. Le puissant tourbillon était d’abord né de relations journalistiques qui avaient tiré une citation de son contexte et l’avaient présentée comme l’opinion personnelle du Pape.

Dans l’Islam tel qu’il existe rĂ©ellement, partout oĂą cette religion domine l’état et la sociĂ©tĂ©, on piĂ©tine des droits humains. La persĂ©cution de chrĂ©tiens s’est multipliĂ©e dramatiquement. Et le prĂ©sident de la RĂ©publique islamique d’Iran vient de dĂ©clarer de nouveau que le compte Ă  rebours pour la destruction d’IsraĂ«l a commencĂ©. Est-ce que la reprĂ©sentation d’un vĂ©ritable dialogue avec l’Islam n’est pas trop naĂŻve ?

On ne peut pas Ă©luder les tentatives d’islamisation de l’occident. Et le danger pour l’identitĂ© de l’Europe, qui y est liĂ©, ne doit pas ĂŞtre ignorĂ© par Ă©gard mal compris. Le cĂ´tĂ© catholique le voit très clairement et le dit aussi. Justement, le discours de Ratisbonne devrait contrecarrer une certaine naĂŻvetĂ© (« manière de voir en bleu »). Il est a maintenir qu’il n’existe pas UN Islam ; il ne connaĂ®t pas non plus une voix liant tous les musulmans d’une manière obligatoire. Sous cette notion sont rĂ©uni beaucoup de courants diffĂ©rents, en partie hostiles, jusqu’aux extrĂ©mistes qui se rĂ©clament du Coran pour leurs actions et qui oeuvrent avec le fusil. Au niveau institutionnel, le Saint-Siège essaie de nouer des contacts et de mener des dialogues Ă  travers le conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux.

La famille papale au Palazzo apostolico est la communautĂ© d’habitation la plus cĂ©lèbre : quatre femmes, qui appartiennent aux « memores » de la communautĂ© Comunione e Liberazione, deux secrĂ©taires et le Pape. Ils prient ensembles, mangent ensembles et le soir regardent ensemble la tĂ©lĂ©vision au salon. Comment est BenoĂ®t XVI en tant que compagnon d’habitation ?

En effet, la famille papale est une joyeuse communautĂ© d’habitation : deux allemands, un polonais et quatre italiennes qui ne se connaissaient auparavant pratiquement pas. Un premier pas important Ă©tait de trouver un modus vivendi. La parole juste, le donner juste, le prendre juste, se taire, ne pas se taire. DĂ©jĂ  après peu de temps s’est dĂ©veloppĂ© une atmosphère familiale très cordiale. La langue de la communautĂ© d’habitation est l’italien. Le Pape est en fin de compte l’évĂŞque de Rome. Petite correction, Ă  propos de regarder ensemble la tĂ©lĂ©vision : c’est pure phantasme ; le Saint Père et les deux secrĂ©taires ne regardent au maximum que les nouvelles du soir. Le dĂ©roulement de la journĂ©e est naturellement imprĂ©gnĂ© par le rythme du travail et des audiences ; mais nous essayons d’y introduire aussi de temps en temps des petits « highlights » personnels.

Highlights ?

Highlights sonne peut-être un peu exagéré. Je pense simplement que des évènements personnelles sont marqués comme il se doit, tels que les fêtes des patrons des noms ou d’autres anniversaires personnels. (jours de mémoire).

Quand vous regardez la tĂ©lĂ© le soir, le Pape porte-t-il alors des habits privĂ©s ?

Non, le Pape est toujours en blanc.

Un Pape doit-il porter des souliers de Prada ?

Doit ? Certainement pas ! Des journalistes ont des phantasmes vivaces.

Le fait-il alors ?

Je vous laisse deviner la réponse.

Comme le Pape, vous ĂŞtes originaires de conditions simples et tous les deux vous avez grandi dans un village. Qu’est-ce que l’on vous a dĂ©pose lĂ  dans le berceau ?

Certainement une bonne portion d’un sain naturel frais, qui est un filtre incorruptible contre du malsain, peu importe sous quelle masque il se présente. Un instinct qui aide à distinguer l’authentique du faux.

Vous étiez cinq enfants à la maison, le père forgeron, la mère femme au foyer.

Mon père dirigeait un atelier artisanal de forgerons depuis la septième gĂ©nĂ©ration, plus tard s’y est ajoutĂ© un nĂ©goce de machines agricoles qui n’a cependant pas vraiment apportĂ© beaucoup d’argent. Jusqu’à mes six ans, nous avions encore une petite exploitation agricole. Des fois nous devions beaucoup nous « Ă©tirer ». En plus, mon père a Ă©tĂ© aussi actif dans la politique communale et dans beaucoup d’associations. Le soir il n’était donc que rarement Ă  la maison. Notre mère devait donc porter d’autant plus le devoir et la charge de l’éducation des enfants. Nous cinq enfants avons eu une enfance sans soucis. Naturellement nous nous sommes aussi disputĂ©s.

Parce que tout ne se dĂ©roulait pas selon la tĂŞte de l’aĂ®nĂ© ?

En tant qu’aĂ®nĂ© j’aurais dĂ» ĂŞtre toujours le plus sage – « le plus sage cède » - mais l’indulgence (le fait de cĂ©der) n’était pas forcĂ©ment mon point fort.

« Born to be wild » Ă©tait-ce votre truc ?

Peut-ĂŞtre par phases, entre 15 et 18 ans. J’écoutais Cat Stevens, Pink Floyd et quelques autres cĂ©lĂ©britĂ©s de notre temps, parmi eux aussi les Beatles. En ce temps, j’avais une chevelure bouclĂ©e très longue. Cela dĂ©plaisait Ă  mon père ; alors, il y a eu des disputes Ă  propos des rendez-vous chez le coiffeur et la longueur des cheveux. Plus tard, ça s’est calmĂ© d’une manière très peu spectaculaire.

OĂą vous Ă©tiez-vous positionnĂ© politiquement ?

Je ne m’étais jamais particulièrement exposé politiquement. Mes intérêts se portaient en dehors de l’école plus dans la direction du sport, football, ski.

Avec quoi vous avez aussi gagnĂ© de l’argent pour les Ă©tudes ?

Non, pas en tant que moniteur de ski, cela je ne l’étais que pour le club de ski de notre village. Travailler pour gagner de l’argent, je l’ai fait en tant que facteur, d’abord à bicyclette dans un petit village de la Forêt-noir, plus tard avec une voiture à la campagne.

Le son original Georg Gänswein : « J’ai des sens sains ; qui a des sens sains, les utilisent aussi. » Cela s’entend comme de riches expĂ©riences avec des filles.

J’ai deux sœur et plusieurs cousines qui m’ont aidé à n’avoir aucune difficulté avec le genre féminin. J’ai grandi tout à fait naturellement, totalement décrispé.

Aviez-vous une relation fixe ?

Pas cela. Il y a eu quelques adorables amitiés de jeunesse.

Vous vouliez d’abord devenir agent de change à la bourse.

Initialement, j’aurais dĂ» reprendre la gestion de l’entreprise de machines agricoles de mon père. Mais Ă  un moment donnĂ©, je m’intĂ©ressais bien plus Ă  l’agitation de la bourse. Ma reprĂ©sentation Ă©tait, lĂ  on fait beaucoup d’argent et on doit ĂŞtre attentif et rapide. Plus tard, un peu plus mature, est venu le moment, oĂą j’y ai rĂ©flĂ©chi un peu plus intensĂ©ment. Bien, quand je sais faire tout cela et que j’ai de l’argent, qu’arrive-t-il alors ? Et puis quoi alors ? Et après, quoi ? Soudainement, des questions existentielles se sont frayĂ©es au premier plan. Ainsi, je commençais Ă  chercher et de cette manière je suis tombĂ© sans le vouloir sur la philosophie et la thĂ©ologie.

Un processus de longue durée.

Et un pénible. D’abord j’étais immensément attiré par le monde théologique global, la prêtrise ne s’y est ajouté que dans un deuxième pas. Naturellement, le célibat était aussi une question. A un moment donné, je sentais, tu ne peux pas rouler à demi vitesse, ou tu le fais totalement ou tu le laisses. Un peu de théologie, ça ne marche pas. Ainsi, j’allais pas à pas vers la prêtrise.

Une citation d’une de vos homĂ©lies lors d’une ordination sacerdotale : « Il t’es permis de savoir que tu as une dignitĂ© qui te distingue de tous ceux qui ne sont pas prĂŞtre… Il t’es permis d’avoir la conscience de faire quelque chose de grand, de pouvoir le faire… » FormulĂ© d’une manière assez raide.

Je dirais ces phrases de nouveau sans si ni mais.

SĂ©rieusement ?

Absolument.

Cela sonne aussi un peu romantique.

Je ne trouve pas. Ce sont des paroles qui ont été quittancées par la vie, et là la vie n’était pas romantique. Les phrases que vous avez citées, tirées d’une homélie, peuvent avoir l’air peut-être un peu cérémonieuses sur le papier, mais là derrière il y a une bonne portion d’expérience personnelle, et je ne voulais pas cacher au nouveau prêtre, qu’il a quelque chose de grand devant lui, que cela coûte aussi quelque chose et qu’il doit le laisser lui coûter quelque chose.

En 1984, vous Ă©tiez ordonnĂ© prĂŞtre, puis vous avez passĂ© deux ans comme vicaire dans la ForĂŞt-noir. En 1993 Ă  Munich, vous Ă©criviez votre dissertation sur « Etre membre de l’Eglise selon le concile Vatican II ». Aviez-vous des moments de grands doutes ?

Après deux ans comme vicaire, j’ai Ă©tĂ© envoyĂ© Ă  Munich pour continuer les Ă©tudes ; dans un domaine qu’il ne m’avait pas Ă©tĂ© forcĂ©ment donnĂ© au berceau : le droit canonique. Après un semestre, j’avais tellement « plein le nez », que je me disais : Maintenant je vais chez l’archevĂŞque et je lui demande de me reprendre dans le diocèse puisque je ne le supporte plus.

Si terrible ?

J’avais toujours Ă©tudiĂ© volontiers et facilement, mais je trouvais l’étude du droit canonique si sec comme le travail dans une carrière poussiĂ©reuse, oĂą il n’y a aucune bière. On meurt de sĂ©cheresse. Le sauvetage est venu de mon « père de doctorat », le professeur de droit ecclĂ©sial Winfried Aymans qui m’a choisi plus tard comme assistant. Il m’a beaucoup aidĂ© de me sortir de cette terrible impasse, en Ă©tant capable de me montrer de nouvelles perspectives. Cela m’a vraiment beaucoup aidĂ© Ă  ne pas « balancer la cuillère ». Je lui en suis très reconnaissant.

Toujours surgissent de nouveau ces jugements : conscient du devoir, pieux, conservateur ; un homme de la forme et de la sĂ©vĂ©ritĂ©.

Dans le sens « doux dans la forme, sĂ©vère dans le contenu » je peux le laisser dire. Quand je tiens quelque chose comme juste je le maintiens. D’accord, la patience n’est pas mon point fort. Des fois, je m’élève assez facilement, ça peut irriter.

Le secrĂ©taire privĂ© du Chef d’une Eglise avec 1,1 milliards de membres, que doit-il savoir faire ?

D’une certaine manière, il devrait ĂŞtre un gĂ©nĂ©raliste, mais en mĂŞme temps se rendre compte, qu’il ne peut pas savoir faire tout ; et il ne le devrait pas non plus l’exiger de lui-mĂŞme. Il doit faire ce que le Pape lui demande, et cela avec toute la force, avec cĹ“ur et intelligence.

Au dĂ©but, y avait-t-il une initiation, par exemple une Ă©cole pour l’étiquette pontificale ?

Pas du tout. La seule chose qu’il y avait, Ă©tait un entretien entre quatre yeux avec mon prĂ©dĂ©cesseur, Mgr Stanislaus Dziwisz, l’actuel archevĂŞque de Cracovie. C’était environs deux semaine après l’élection du Pape et l’emmĂ©nagement dans l’appartamento. Il me mettait alors une enveloppe entre mes mains, dans laquelle se trouvaient quelques papiers et une clĂ© pour un trĂ©sor. Un trĂ©sor très ancien, du travail de marque allemand (timbres ?). Il m’a seulement dit : »Maintenant tu as une tâche très importante, très belle mais aussi très difficile. La seule chose que je peux te dire est que le Pape ne doit pas ĂŞtre Ă©crasĂ© par rien ni personne. Comment ça marche, tu dois le trouver toi-mĂŞme. » Point final. Il n’a pas dit plus. C’était tout comme « Ă©cole pour l’étiquette papale ».

Et que contenait l’enveloppe ?

Cela je ne vais pas vous le trahir. Ce sont des choses qui sont transmise de secrétaire du Pape à secrétaire du Pape.

Vos fautes (erreurs) du dĂ©but ?

Je me suis vite rendu compte, que le tempo que je me suis imposĂ© est trop Ă©levĂ©. DĂ©marrer en pole position est une chose, accomplir tous les tours et puis arriver bien au but, une autre. DĂ©marrage plein gaz, pour ainsi dire ! Maintenant il s’agissait de trouver le bon tempo. Un autre point dĂ©licat Ă©tait la relation avec les innombrables quĂŞtes d’audiences privĂ©es et d’autres rencontres, qui tous Ă©taient munies de motivations honorables. Des demandes sans fin – « juste une minute », « seulement une exception », « le Pape me connaĂ®t depuis longtemps, cela lui ferait plaisir » - et presque toujours Ă©crit avec beaucoup de « pommade » (excellentes Ă©pices). La il fallait trouver (interroger) le système de filtrage juste (adĂ©quat). Il fallait que j’y introduise un filtre plus fort.

De quoi protĂ©gez-vous( privez-vous) le Pape ?

Rien de significatif. Tous les écrits et documents officiels, tout ce qui émane de cardinaux et d’évêques, du monde de la politique et de la diplomatie, tout cela je le soumets au Saint-Père lors des discussions (entretiens) quotidiens. Au delà il existe naturellement une masse énorme de lettres, requêtes, demandes, propositions, qu’il ne voit pas, puisqu’il n’en a tout simplement pas le temps. Là il m’est accordé une marge de manœuvre et de discernement de la part du Pape.

Est-ce qu’on essaie de vous instrumentaliser ?

Ça arrive de temps en temps, mais je sais me défendre.

Dans votre position, arrive-t-il que l’on « dĂ©colle » ?

C’est plutĂ´t le contraire, c’est Ă  dire qu’on est Ă©crasĂ©. S’il y a un risque (un danger), alors il s’appelle « isolation ». Une fois, des amis ont estimĂ© que je me faisais trop rare, que je me retirais d’eux. Cela Ă©tait un signal d’alarme ! Et j’ai tout de suite essayĂ©, de dĂ©gager du temps libre pour reprendre mieux soin des relations personnelles et des amitiĂ©s existantes. Ceci est important pour l’hygiène psychologique (la santĂ© mentale).

Quels effets ce pontificat peut-il avoir ?

Renforcement de la foi et encouragement de la foi – et la conscience, que la foi catholique est quelque chose de grand, un don de Dieu, mais qui n’est pas imposé, mais doit être volontairement, librement accueilli. En plus, il y a des défis actuels auxquels l’Eglise doit se confronter.

Par exemple ?

La question de Dieu, la confrontation (discussion) avec les différentes formes du relativisme, le dialogue avec l’Islam, le renforcement de la propre identité. Le fait qu’un continent tel que l’Europe ne peut pas vivre, si l’on lui coupe ses racines chrétiennes, car avec cela on lui prend son âme.

L’annonce de « l’unitĂ© entière et visible » avec les Ă©glises orthodoxes a Ă©tĂ© la première sensation du règne Ratzinger. Est-ce que cela n’est pas une reprĂ©sentation assez illusoire ?

Ceci n’est nullement une sensation, c’est un but déclaré depuis toujours. Le fait, que le Pape formule expressément cette intention, va de soi, lui qui a contribué fortement à imprégner théologiquement ce domaine ces dernières années et décennies. N’oublions pas que les églises orthodoxes sont dans la succession apostoliques et qu’elles ont ainsi un magistère fondé, l’eucharistie, ainsi que les sept sacrements. Ce qui nécessite clarification, est la question du primat et de la juridiction du Pape. Mais c’est un scandale que la chrétienté est toujours divisé. Le rétablissement de l’unité entière dans la foi est certainement un très grand objectif du Pape théologien.

Est-ce que le Pape BenoĂ®t, va-t-il modifier (restructurer) la papautĂ© en faveur de l’unitĂ© ?

La question est mal posée. On ne peut pas mener l’œcuménisme au frais de la vérité. Un Pape ne peut pas simplement restructurer la papauté afin d’atteindre plus rapidement certains buts. Il s’agit, que la papauté aide à rester juste à l’exigence de la vérité en vue de l’unité.

Un tournant dans les relations de l’Eglise catholique avec Moscou, Constantinople et surtout Pékin modifierait dramatiquement la carte du monde politico-religieux.

Le dialogue œcuménique avec les différentes églises orthodoxes est en plein régime et des progrès considérables ont été atteints. Mais œuvrer pour l’œcuménisme est et reste une confrontation laborieuse. Cela provient aussi du contexte des tensions existantes à l’interne des églises orthodoxes. Constantinople et Moscou marquent deux points délicats. Le monde entier pouvait participer à travers les médias à la rencontre du Pape avec le patriarche œcuménique en novembre passé à Istanbul. Une rencontre avec le patriarche orthodoxe de Moscou manque encore.

Voyez-vous dĂ©jĂ  le Pape chez le patriarche russe Ă  Moscou ?

J’espère que l’on arrive à une rencontre, où que ce soit.

En occident, l’Eglise romaine se trouve dans une transformation puissante. Le cardinal de Vienne, Christoph Schönborn, parle dĂ©jĂ  d’une alternative Ă  l’église du peuple connue jusqu’à aujourd’hui : « une Ă©glise de dĂ©cision » (dĂ©termination) Ă  laquelle les fidèles affirment aussi leur adhĂ©sion. Le temps de la « pseudo-chrĂ©tientĂ© » touche-t-il Ă  sa fin ?

« Pseudo-chrĂ©tientĂ© », cela sonne faux et aussi dĂ©prĂ©ciatif. Cela ne correspond pas non plus Ă  la rĂ©alitĂ©. Ce que l’on peut percevoir, c’est que des Ă©lĂ©ments de l’église du peuple fondent et qu’il se forment toujours plus de « noyaux de communautĂ©s » ; ce processus est en cours depuis des annĂ©es. Cardinal Schönborn dĂ©crit cela avec la notion d’« Ă©glise de dĂ©cision ». Qui est chrĂ©tien aujourd’hui, veut l’être, se dĂ©cide pour cela, est plus dĂ©cidĂ©, peut-ĂŞtre plus dĂ©cidĂ© que les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes. Et qui ne veut pas l’être, ne l’est tout simplement pas, sans que cela entraĂ®ne pour lui des inconvĂ©nients quelconques d’ordre personnels, sociaux, politiques ou autres.

Il est frappant que beaucoup de prĂŞtres de la nouvelle gĂ©nĂ©ration dĂ©couvrent les trĂ©sors spirituels, culturels et esthĂ©tiques de la liturgie traditionnelle. Le nouveau motu proprio « Summorum Pontificum » stipule que chaque prĂŞtre peut cĂ©lĂ©brer la sainte messe aussi dans le rite antĂ©rieur tridentin. Cela provoque-t-il de nouveaux disputes (querelles) dans la Maison ?

C’est le contraire qui est l’intention et le but. Il est souhaité que les disputes soient apaisées et des bifurcations et ruptures soient dépassées. Avec le motu proprio il est ouvert une patrie spirituelle à des fidèles pas peu nombreux. Je suis convaincu, que la lettre du Saint-Père aux évêques, publiée en même temps que le motu proprio, dans laquelle le Pape explicite en détails les motivations du document, offre les clé pour une compréhension juste.

Le philosophe français, René Girard, membre de l’académie française, prédisait une renaissance chrétienne déterminée. Nous nous trouverions déjà à la veille d’une révolution de notre culture. Cette transformation ferait pâlir même la renaissance du 15ème siècle.

Le religieux jouit actuellement d’une attention comme rarement dans les annĂ©es passĂ©es. Après une phase de l’indiffĂ©rence, on se confronte aujourd’hui de nouveau avec la religion et des questions de foi. Je voie que justement beaucoup de personnes jeunes, qui ont de fait tout ou pourraient avoir tout, se rendent compte : En fait, on peut tout, on peut mĂŞme dĂ©truire le monde – mais on ne peut pas gagner l’âme, quand l’essentiel manque. L’Eglise catholique a des trĂ©sor Ă  offrir, que personne d’autre est capable d’offrir, du plus grand et du plus durable que toutes les propositions de salut politiques. Cependant, cela ne se passe pas automatiquement. La foi naĂ®t de l’écoute, comme dit St. Paul, elle doit ĂŞtre annoncĂ©e.

Déjà après six semaines après la parution, le livre sur Jésus du Pape a atteint 1,5 millions d’exemplaires. On a le sentiment que le Pape ré-habille ce Jésus d’une manière totalement nouvelle.

Le livre sur Jésus est la quintessence d’un homme qui s’est occupé de la figure de Jésus de Nazareth tout au long de sa vie en tant que prêtre, théologien, évêque, cardinal et maintenant Pape. C’est un immense legs (testament) spirituel.

Qu’est-ce que vous estimez particulièrement Ă  cet Ĺ“uvre ?

Je suis justement en train de le lire une nouvelle fois. Il est écrit aussi profondément que compréhensible. C’est la somme de vie d’une personnalité remarquable (significative). L’œuvre s’inscrit dans la tradition des grands pères de l’Eglise. J’en suis convaincu que ce livre renforce dans la foi beaucoup de personnes, les emmène à la foi, et non pas seulement une certaine couche intellectuelle, mais des hommes de toute origine et formation.

Le thĂ©ologien Joseph Ratzinger fournit une logique implacable : Ce JĂ©sus est celui qui a tous les pouvoirs, le Seigneur de l’univers, Dieu lui-mĂŞme, qui est devenu homme. En fait, JĂ©sus devrait dĂ©clencher une rĂ©volution.

Oui, mais sans effusion de sang.

© Copyright Sueddeutsche Zeitung

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Dr. Georg Gänswein, un homme d’une intelligence aiguisĂ©e, nĂ© le 30 juillet 1956 Ă  Riedern dans la ForĂŞt-noir, aĂ®nĂ© de cinq enfants d’un forgeron. Emplois en tant que moniteur de ski et facteur ; Ă©tudiant de thĂ©ologie, prĂŞtre, vicaire, promu Ă  Munich, vicaire de la cathĂ©drale de Freiburg. 1995 appelĂ© Ă  la congrĂ©gation Ă  Rome, une annĂ©e plus tard changement Ă  la congrĂ©gation de la foi sous la direction de Joseph Ratzinger. 2005, après l’élection de celui-ci en tant que Pape, Gänswein est devenu son secrĂ©taire privĂ©. Il est chargĂ© de la tâche d’organiser la vie de travail du Pape de telle manière que celui-ci ne croule pas sous les vagues de lettres, Ă©chĂ©ances et audiences.


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