C’était il y a 150 ans, une matinĂ©e brĂ»lante d’aoĂ»t : l’abbĂ© Jean-Marie Vianney, curĂ© d’Ars, fermait les yeux sur le monde d’ici-bas pour entrer dans la vision de Dieu qu’il avait tant aimĂ© au cĹ“ur de son ministère, dans la nuit de la foi, de l’espĂ©rance et de la charitĂ©. « Je vous aime, Ă´ mon Dieu, et mon seul dĂ©sir est de vous aimer jusqu’au dernier soupir de ma vie. Je vous aime, Ă´ Dieu infiniment aimable, et j’aime mieux mourir en vous aimant que de vivre un seul instant sans vous aimer », aimait-il rĂ©pĂ©ter Ă Dieu Ă qui il Ă©tait tout donnĂ©. Le diocèse de Belley-Ars a voulu marquer cet anniversaire par une annĂ©e jubilaire riche de moments forts destinĂ©s aux prĂŞtres et Ă l’ensemble des croyants.
A l’occasion de cet anniversaire aussi, notre pape BenoĂ®t XVI a ouvert une annĂ©e sacerdotale marquĂ©e par la solennitĂ© du SacrĂ©-CĹ“ur de JĂ©sus. En cette annĂ©e sacerdotale, il propose saint Jean-Marie Vianney comme modèle non seulement Ă « tous les curĂ©s de l’univers », mais encore plus largement Ă tous les prĂŞtres.
Quel est le but de cette annĂ©e ? Il est double : les prĂŞtres sont invitĂ©s Ă approfondir la conscience de leur ministère presbytĂ©ral et du sacrement de l’ordre qu’ils ont reçu pour en vivre plus pleinement ; les fidèles laĂŻcs sont appelĂ©s Ă mĂ©diter sur le rĂ´le du service presbytĂ©ral dans la vie de l’Église. La carence de vocations sacerdotales que nos diocèses doivent affronter pousse certains Ă envisager pour un futur proche une Église sans prĂŞtre ; puisqu’il n’y en a plus, remplaçons le service presbytĂ©ral par des ministères laĂŻcs. Penser ainsi le mystère de l’Église, c’est dĂ©naturer l’Église. Pourquoi ? Lorsque nous parlons de l’Église aujourd’hui, nous avons tendance Ă la considĂ©rer comme un tout autosuffisant et autonome. Certaines expressions frĂ©quemment utilisĂ©es dans le milieu ecclĂ©sial expriment cette tendance et courent le risque d’être mal comprises. On parle par exemple souvent de « faire Église » ou de « rĂ©aliser l’Église communion ». Or nous savons que seul l’Esprit de JĂ©sus Christ « fait » l’Église et « rĂ©alise » le mystère de sa communion. Si nous ne gardons pas cela Ă l’esprit, nous considĂ©rons le mystère de l’Église sans sa TĂŞte qui est le Christ. L’Église est le corps du Christ, elle n’est jamais sĂ©parĂ©e de lui.
Le Christ Tête de l’Église a été visiblement et physiquement uni à son corps mystique durant le temps de l’Incarnation. Dès l’Ascension il reste invisiblement la Tête de l’Église et il demande à l’ordre des prêtres d’assurer sa présence visible dans son Église. C’est pourquoi, dans les actes de son triple ministère – et dans ces actes seulement – le prêtre agit au nom du Christ ou dans la personne du Christ Tête de l’Église. Le ministère sacerdotal est donc bien au service de la vie de l’Église : il permet à l’amour du Christ de passer de son cœur sacré dans le cœur des croyants, membres de son corps mystique. Le Christ demande aux prêtres de lui prêter leur existence, leur humanité, leur cœur pour aimer et sauver les hommes aujourd’hui.
Du cĹ“ur transpercĂ© du Christ en croix coulent du sang et de l’eau : ils signifient que le Christ donne sa vie toute entière Ă l’humanitĂ© qu’il aime et qu’il sauve. Les sacrements de l’Église transmettent aux croyants cet amour rĂ©dempteur et cette vie divine jusqu’à la fin du monde. Le Christ demande aux Ă©vĂŞques, aux prĂŞtres et aux diacres d’être, chacun Ă leur degrĂ©, les intendants fidèles de ces sacrements. Le « caractère » confĂ©rĂ© au prĂŞtre par le sacrement de l’ordre habilite le prĂŞtre Ă cĂ©lĂ©brer validement et efficacement les mystères du Christ. Mais ce caractère presbytĂ©ral ne rend pas le prĂŞtre meilleur ou plus saint que les autres hommes. Pour devenir un saint, le prĂŞtre ne doit pas simplement « fonctionner » indiffĂ©remment, il ne doit pas simplement laisser passer l’amour du Christ pour les hommes dans son cĹ“ur, mais il doit s’efforcer de faire sien cet amour qui sauve. Cette communion du cĹ“ur sacrĂ© du Christ et du cĹ“ur du prĂŞtre donne au ministère presbytĂ©ral d’être fructueux. Cet amour du prĂŞtre qui est un dĂ©bordement de l’amour du Christ TĂŞte et Sauveur de l’Église s’appelle la charitĂ© pastorale : elle est communication de la vie et de l’amour du cĹ“ur du Christ en mĂŞme temps qu’elle est la voie de sanctification du prĂŞtre dans son ministère. Le cĹ“ur d’un prĂŞtre saint reflète en transparence le cĹ“ur sacrĂ© de JĂ©sus. C’est ce qu’est parvenu Ă vivre de façon Ă©minente le saint curĂ© d’Ars : son cĹ“ur d’homme, limitĂ© comme le nĂ´tre, a Ă©tĂ© le lieu par lequel le Christ a rĂ©pandu son amour dans l’Église et dans le monde.