Edito

Les vocations sacerdotales et religieuses ! Il y a longtemps qu’on se plaint qu’il n’y en a pas assez ! Aujourd’hui, sous nos latitudes, le souci des vocations devient une question très prĂ©occupante. Face Ă  cette situation, plusieurs attitudes sont possibles : On peut tout justifier par les chiffres (...)

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Funérailles du Cardinal Lustiger

L’amour pour les jeunes et les prĂŞtres
vendredi 10 août 2007.

L’amour du Cardinal Lustiger pour les vocations sacerdotales, qui jaillisait de son coeur de Pasteur, Ă©tait bien connu. Durant la messe de ses funĂ©railles, quoi de plus Ă©mouvant que d’entendre son successeur, Mgr Vingt-Trois, prier intensĂ©mment pour les jeunes qui hĂ©sitent face Ă  l’appel du Seigneur pour devenir prĂŞtre !

Les funĂ©railles de Jean-Marie Cardinal Lustiger ont attirĂ© la grande foule des croyants en la cathĂ©drale de Notre Dame de Paris, avec une trentaine de cardinaux, environ 60 Ă©vĂŞques, 500 prĂŞtres, diacres et plus de 5000 fidèles ( 2000 n’ont pas pu entrer ). A noter la prĂ©sence du PrĂ©sident français Mr Nicolas Sarkosy, des membres de l’AcadĂ©mie Française, du reprĂ©sentant personnel de BenoĂ®t XVI le Cardinal Paul Poupard, ainsi que des reprĂ©sentants des autres communautĂ©s chrĂ©tiennes, dont des communautĂ©s juives.

Avant d’entrĂ©e dans la cathĂ©drale, la prière juive a entourĂ© une dernière fois le Cardinal. Des membres de sa famille, dont son petit-cousin qui l’a visitĂ© bien des fois Ă  la clinique, lui ont rendu hommage. Lors de sa dernière visite, il lui avait demandĂ© de parler avec des mots simples qui puissent toucher les autres. Son parent lui a souhaitĂ© de rester fidèle Ă  la prière et d’avoir une vie heureuse. Ainsi, le Cardinal a montrĂ© encore une fois son attachement Ă  la jeunesse. La prière traditionnelle des Juifs en aramĂ©en, le Kaddish, a ensuite permis d’ĂŞtre ensemble dans la prière pour tous les dĂ©funts. Aron Jean-Marie Lustiger, le "Cardinal Juif !", l’un des artisans de l’amitiĂ© entre Juifs et ChrĂ©tiens, qui disait que le christiannisme Ă©tait une fruit du judaĂŻsme, a donc tĂ©moignĂ© jusque dans sa mort sa fidĂ©litĂ© Ă  ses racines juives. Il nous invite encore une fois Ă  entrer dans le mystère d’IsraĂ«l et de l’Eglise, dans la foi au Christ qui l’a illuminĂ© depuis sa jeunesse ; comme une dernière invitation Ă  ne pas rester sur le parvis, mais Ă  entrer dans l’Alliance de Dieu et cheminer ensemble dans le pardon, l’amitiĂ©, le respect et le dialogue.

Dans une très belle homĂ©lie, Mgr AndrĂ© Vingt-Trois a rappellĂ© que sa foi vive motivait toute l’action de Jean-Marie Lustiger. Il Ă©tait conscient de l’agir de Dieu, de sa Providence dans le drame de l’existence humaine.

A noter enfin la magnifique prière de Mgr Vingt-Trois pour les jeunes qui recherche Ă  rĂ©pondre Ă  l’appel du Christ pour devenir prĂŞtre ou diacre. Dans leurs hĂ©sitations, qu’il ait la force de rĂ©pondre.

Voici les mots que Aron Jean-Marie Lustiger a voulu inscrire sur la plaque commĂ©morative de sa sĂ©pulture :

Je suis né juif. J’ai reçu le nom de mon grand-père paternel Aron. Devenu chrétien par la foi et le baptême, je suis resté juif comme l’étaient les Apôtres. J’ai pour saints patrons Aron le grand-prêtre, saint Jean l’apôtre, Marie pleine de grâce. Nommé 139e archevêque de Paris par Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II, j’ai été intronisé dans cette cathédrale Le 27 février 1981, puis j’y ai exercé tout mon ministère. Passants, priez pour moi. Aron Jean-Marie cardinal Lustiger archevêque de Paris

HomĂ©lie de Mgr Vingt-Trois :

Homélie de Mgr Vingt-Trois pour les obsèques du cardinal Lustiger

Le cardinal Jean Marie Lustiger avait choisi les textes de sa messe d’obsèques, notamment l’Evangile de l’Annonciation Ă  Marie qui avait Ă©tĂ© celui de sa consĂ©cration en tant qu’Ă©vĂŞque Ă  OrlĂ©ans en 1979, dans lequel nous lisons ces mots : "Rien n’est impossible Ă  Dieu", qui Ă©taient sa devise Ă©piscopale. C’est cette parole qu’a dĂ©veloppĂ© Mgr Vingt-Trois dans son homĂ©lie.

(source : Eucharistie et MisĂ©ricorde)

« Rien n’est impossible Ă  Dieu… »

Cette parole de l’ange Gabriel à Marie, rapportée par l’évangile de saint Luc que nous venons d’entendre, éclaire l’existence de chacun de ceux que Dieu appelle et qu’Il accueille dans son alliance. Elle éclaire particulièrement la vie du cardinal Jean-Marie Lustiger que nous accompagnons aujourd’hui tandis qu’il entre dans la lumière de Dieu et avant que son corps ne repose dans sa cathédrale.

A travers ce que sa discrĂ©tion et sa pudeur ont laissĂ© paraĂ®tre de son histoire personnelle, nous comprenons que les enchaĂ®nements d’une vie peuvent toujours ĂŞtre dĂ©chiffrĂ©s de manière diffĂ©rente, selon la clĂ© de lecture que l’on utilise. On peut Ă©videmment lire l’histoire de la famille Lustiger dans la seule logique des bouleversements europĂ©ens du XX° siècle qui conduisirent une famille juive Ă  s’expatrier de Pologne en France, puis Ă  subir la chasse meurtrière des nazis. On peut aussi la lire comme un chemin au long duquel les Ă©pisodes douloureux et les Ă©preuves atroces sont comme la partie visible et cruellement Ă©prouvĂ©e d’une alliance entre Dieu et l’humanitĂ©, entre Dieu et son Peuple Ă©lu, entre Dieu et chacun des humains dont Il veut faire ses fils.

Cette lecture croyante de l’histoire d’une vie est celle que Jean-Marie Lustiger a voulu partager dans les quelques ouvrages oĂą il a levĂ© le voile sur son histoire. Ce n’était pas chez lui un besoin de se justifier, moins encore un exercice apologĂ©tique. C’était un acte de foi et d’action de grâce : la volontĂ© de tĂ©moigner du ressort ultime de son existence. Pouvons-nous quelques instants le suivre sur cette voie de la foi et de l’action de grâce pour Ă©voquer quelques traits de cette personnalitĂ© si riche ?

Pour ceux qui ont eu la chance de l’approcher et de le connaître personnellement, ce n’est ni son intelligence, ni l’acuité de son esprit, ni l’amplitude de sa culture, toutes réelles qu’elles fussent, qui frappaient d’abord, mais plutôt la vigueur et la force de sa foi. Avant tout, il était un croyant. Que ce soit dans l’accueil de la Parole de Dieu, dans l’expérience vécue des sacrements de l’Église, dans l’annonce de l’Évangile ou dans la conduite quotidienne de sa vie, tout était reçu de Dieu et tout était rapporté à Dieu. Sa découverte et sa rencontre en Jésus-Christ du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, avaient établi définitivement sa vie dans le régime de la grâce, du don reçu gratuitement et sans autre motif que la miséricorde du Dieu tout-puissant.

PersuadĂ© d’avoir tout reçu gratuitement, il Ă©tait passionnĂ© du dĂ©sir d’annoncer Ă  tous la surabondance de l’amour de Dieu pour l’humanitĂ© et de transmettre l’appel du Christ Ă  vivre de cet amour. Depuis son premier ministère auprès des Ă©tudiants jusqu’à ses dernières initiatives apostoliques comme archevĂŞque de Paris, toute son activitĂ©, foisonnante et incessante, Ă©tait animĂ©e par ce dĂ©sir. Des chemins de la Terre Sainte aux routes de Chartres, des appels paroissiaux Ă  « Agir par la Foi » aux initiatives diocĂ©saines couronnĂ©es par « Paris-Toussaint 2004 », toutes ces entreprises dans lesquelles il s’engageait sans rĂ©serve visaient Ă  faire connaĂ®tre le Christ, Sauveur du monde.

Loin de se laisser enfermer dans le monde ecclĂ©siastique, il avait dans la sociĂ©tĂ© française et dans le monde entier d’innombrables contacts : dans l’universitĂ© comme dans le monde Ă©conomique, dans les milieux politiques comme dans l’univers culturel. Son Ă©lection Ă  l’AcadĂ©mie Française Ă©tablit avec cette illustre compagnie des liens qui n’étaient pas seulement de convenance. Ce tissu serrĂ© de relations Ă©tait comme une sorte de paroisse universelle oĂą il voulait exercer son ministère de prĂŞtre du Christ et de tĂ©moin de la foi. Créé cardinal par le regrettĂ© Jean-Paul II, il portait avec lui le souci pastoral de l’Église entière en partageant profondĂ©ment sa vision de l’homme dans le monde de ce temps.

Avec l’encouragement et le soutien du Jean-Paul II, il a posé pour le développement des relations entre les juifs et les chrétiens des actes décisifs que peut-être lui seul pouvait engager. Son histoire personnelle le conduisait à se reconnaître comme un témoin privilégié de la vocation universelle de l’Alliance conclue au Sinaï entre Dieu et son Peuple. Quelles que soient les incompréhensions bien explicables ou les souffrances secrètes dont il était blessé, jamais il ne renonçait à ce qu’il comprenait comme sa mission propre.

Ce que l’acuitĂ© de l’analyse et la perspicacitĂ© de l’intelligence lui rĂ©vĂ©laient comme une fulgurance se traduisait immĂ©diatement en projet d’action et d’évangĂ©lisation. Ce qui lui advenait devait servir Ă  l’accomplissement de la mission avec une exigence dont tous ses collaborateurs ont Ă©tĂ© les tĂ©moins et les acteurs sous son impulsion. Dans une pĂ©riode de la vie de l’Église oĂą les regrets et les lassitudes risquaient de rĂ©duire les ambitions apostoliques Ă  la mesure des moyens supposĂ©s, il discernait, - et pas seulement pour le plaisir intellectuel du paradoxe -, des opportunitĂ©s nouvelles et il engageait de nouveaux projets, quitte Ă  perturber la quiĂ©tude mĂŞme des moins timorĂ©s. Ce n’était chez lui ni le dĂ©sir de promouvoir ses Ĺ“uvres propres, ni l’impatience d’agir, comme certains pouvaient l’en soupçonner. Cette tension permanente vers des objectifs Ă  atteindre relevait de l’espĂ©rance raisonnĂ©e et d’une lecture des « signes des temps ».

En un quart de siècle cette passion de l’évangĂ©lisation s’est exprimĂ©e par des fondations qui trouvent peu Ă  peu leur maturitĂ© : crĂ©ation de nouvelles paroisses, constructions d’églises, École cathĂ©drale, Radio Notre-Dame, SĂ©minaire diocĂ©sain, FraternitĂ© Missionnaire des PrĂŞtres pour la Ville, tĂ©lĂ©vision KTO, FacultĂ© Notre-Dame, Collège des Bernardins sont autant de ces projets dont l’articulation et la cohĂ©rence apparaissent Ă  mesure qu’ils se dĂ©veloppent. Il faut aussi Ă©voquer les JournĂ©es Mondiales de la Jeunesse de Paris en 1997 et leur rayonnement tant en France que dans le monde et le lancement des Congrès pour l’évangĂ©lisation dont Budapest sera la prochaine Ă©tape en septembre 2007.

Cette activitĂ© Ă©tait enracinĂ©e dans une vie de communion au Christ. PrĂŞtre, puis Ă©vĂŞque d’OrlĂ©ans et ArchevĂŞque de Paris, Jean-Marie Lustiger fut vraiment un maĂ®tre spirituel. Il ne fut pas seulement un prĂ©dicateur talentueux et Ă©coutĂ©, il avait le souci de la qualitĂ© de la prière dans l’Église, jusque dans la perfection de la mise en Ĺ“uvre liturgique, conscient que Dieu agit Ă  travers les gestes et les signes donnĂ©s aux hommes. Les moins avertis pouvaient bien n’y voir qu’un travers de maniaquerie ; en fait, ce qui l’animait Ă©tait le souci de vivre par la puretĂ© et la beautĂ© des signes le sens profond des rites et d’aider les fidèles Ă  y entrer. Comment pourrions-nous l’oublier dans cette cathĂ©drale dont il a souhaitĂ© et rĂ©alisĂ© le rĂ©amĂ©nagement que nous voyons et oĂą il a si souvent prĂ©sidĂ© la Messe dominicale, cĂ©lĂ©brĂ© la Messe chrismale, ordonnĂ© les prĂŞtres et les diacres du diocèse ?

Soucieux d’encourager les prĂŞtres dans l’engagement spirituel de leur ministère, il a renouvelĂ© les propositions de retraite sacerdotale et mis en Ĺ“uvre des « lundis de prière » oĂą il aimait se joindre aux prĂŞtres dans un climat de recueillement et de partage fraternel. Encore ne savons-nous rien du secret de sa prière et de sa relation personnelle avec Dieu. Mais on pressentait qu’elle Ă©tait assez forte pour surmonter les fausses modesties et les craintes humaines quand il Ă©tait convaincu que l’annonce de l’Évangile Ă©tait en cause.

Au cours de l’année écoulée, l’aggravation de son état de santé l’a contraint à réduire ses activités et à servir d’une autre manière. De chacune des étapes, il a accueilli les symptômes avec lucidité et courage. Il a offert sans se plaindre la nécessité d’un temps de vie dans la dépendance de la maladie. Le véritable sacrifice offert à Dieu, ce fut d’accepter cette limitation avec sérénité.

Si le temps de l’historien n’est pas encore venu, nous sommes dĂ©jĂ  dans le temps de l’action de grâce. Nous rendons grâce Ă  Dieu d’avoir envoyĂ© sur notre chemin un tĂ©moin tel que Jean-Marie Lustiger. Les fruits de son ministère parmi nous ne rĂ©vèlent pas seulement une personnalitĂ© exceptionnelle ; ils sont Ă  reconnaĂ®tre avant tout comme des signes de l’œuvre de Dieu dans l’histoire humaine. Ils nous encouragent Ă  comprendre comment nos limites et nos faiblesses, les difficultĂ©s rencontrĂ©es et les Ă©preuves subies, sont autant d’occasions de reconnaĂ®tre la puissance de Dieu agissant dans la faiblesse de ses serviteurs. Quelle que soit la valeur de la « poterie », pour reprendre l’expression de Paul, c’est de Dieu, - nous en sommes convaincus -, que vient la puissance extraordinaire du trĂ©sor qui nous est confiĂ©. C’est Dieu Lui-mĂŞme qui se penche sur la faiblesse de ses serviteurs et de ses servantes pour les couvrir de l’ombre de son Esprit et les associer Ă  l’enfantement mystĂ©rieux auquel participe la crĂ©ation tout entière.

Le 8 dĂ©cembre 1979, lors de sa consĂ©cration Ă©piscopale Ă  OrlĂ©ans, la liturgie de la fĂŞte de l’ImmaculĂ©e Conception proposait le rĂ©cit de l’Annonciation dans l’évangile selon saint Luc. Est-ce cette occasion providentielle ou un choix plus dĂ©libĂ©rĂ© qui conduisit Jean-Marie Lustiger Ă  prendre le message de l’ange comme une phrase de rĂ©fĂ©rence, sinon comme une devise : « Rien n’est impossible Ă  Dieu ! » ? Toujours est-il qu’il aimait revenir Ă  cette profession de foi en la puissance de Dieu Ă  travers la faiblesse des comportements humains. Ses entreprises les plus hardies n’ont-elles pas Ă©tĂ© marquĂ©es par cette confiance que Dieu seul peut construire et conduire son Église selon sa volontĂ© ? S’il s’émerveillait, ce n’était ni de la notoriĂ©tĂ©, des charges ou des honneurs, ni non plus des incomprĂ©hensions ou des jalousies, qui constituent la face visible de l’existence de quiconque approche des sommets des organisations humaines. Ce qui Ă©tait la source de sa joie et de son action de grâce, c’était de voir que la Providence accomplissait son Ĺ“uvre par des voies qui nous restent souvent mystĂ©rieuses mais que la foi apprend Ă  reconnaĂ®tre. Il ne recherchait pas l’approbation du monde, mais il cherchait toujours avec confiance et obstination Ă  dĂ©chiffrer cet itinĂ©raire par lequel Dieu veut conduire son Peuple.

Par le tĂ©moignage de sa vie, comme de celle de tant de disciples du Christ depuis deux mille ans, nous avons la preuve quotidienne que, vraiment, « rien n’est impossible Ă  Dieu. » Ce qui a Ă©tĂ© vrai dans la vie de la Vierge Marie, ce qui a Ă©tĂ© vrai dans la vie de Jean-Marie Lustiger, est vrai aussi dans la nĂ´tre et nous sommes donc appelĂ©s avec lui Ă  reprendre Ă  notre compte la rĂ©ponse de Marie au message de l’ange : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. »

+ André VINGT-TROIS Archevêque de Paris


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