Frère Roger - TaizĂ© et l’OecumĂ©nisme
Entretien de Frère Emile avec le Conseil présbytéral

( Fribourg, le 29 novembre 2007 )
Quelle est le message de la communauté de Taizé ?
L’oecumĂ©nisme pratiquĂ© Ă TaizĂ© n’a jamais Ă©tĂ© vu comme la recherche du plus petit commun dĂ©nominateur. Se rĂ©concilier c’est aussi accepter de ne pas tout avoir soi-mĂŞme, accepter le don de l’autre. C’est aimer et accueillir tout ce qui est du Christ, tout ce qui donne Ă son Corps de se dĂ©velopper et de vivre. Cela suppose de ne pas chercher son identitĂ© dans une opposition Ă une autre confession, mais de valoriser les dons de chacune. C’est au fond s’ouvrir Ă la « catholicitĂ© ».
En 1980, lors d’une rencontre europĂ©enne Ă Rome, frère Roger a dĂ©crit son propre cheminement oecumĂ©nique. Il disait : "« J’ai trouvĂ© ma propre identitĂ© de chrĂ©tien en rĂ©conciliant en moi-mĂŞme la foi de mes origines avec le mystère de la foi catholique, sans rupture de communion avec quiconque. »
De longs entretiens avec le pape Jean XXIII ont profondĂ©ment marquĂ© frère Roger. Au cours de la dernière audience avec lui, frère Roger lui a demandĂ© : « quelle est la place de TaizĂ© dans l’Eglise ? Et Jean XXIII a rĂ©pondu : "L’Eglise est faite de cercles concentriques toujours plus grands".

A Taizé :
La Parole de Dieu est au centre ( lecture de la Bible ; primauté de la grâce ; le salut par la foi ). Beaucoup de protestants y reconnaissent le meilleur de la Réforme.
Frère Roger a ouvertement parlé à plusieurs reprises du ministère de Pierre et de son service de communion, sans chercher à l’imposer à quiconque.
Les dons des Eglises orthodoxes sont aussi valorisés. Une relation de profonde confiance liait frère Roger au Patriarche Athénagoras.
avec la Russie avant la chute du Mur, les relations étaient plus cachés ! Mais en 1988, invité par le Patriarcat de Moscou, frère Roger a demandé au "avez-vous pu imprimer des Bibles pour la célébration du millénaire. ?". Le Patriarche a répondu : Oui, nous avons pu imprimer 5000 Bibles !". Comme nous l’avions fait pour l’Amérique Latin dans les années soixantes, Frère Roger a lancé une collecte oecuménique qui a permis d’envoyer 1 millions de NT en URSS, plusieurs mois avant la chute du mur de Berlin. Ces NT ont été distribués par l’Eglise orthodoxe.
Le Patriarche Alexis de Russie a toujours bénit les prêtres Russes qui se rendent à Taizé et aux rencontres européenne, malgré une opposition de certains courants.
De nombreux orthodoxes participeront à la rencontre de Genève : environ 1500 jeunes de Roumanie, des Russes, des Serbes, des Ukrainiens.
Comment la communion, l’Eucharistie est-elle vĂ©cue ?
Comme frères de la communauté, nous ne sommes jamais qu’entre nous. Il y a toujours la présence de jeunes, par centaines ou par milliers. Nous voulons tenir compte de la diversité des cheminements et de la confiance que nous font les Eglises. Chacun sait que l’Eglise orthodoxe et l’Eglise catholique sont particulièrement sensibles à l’Eucharistie.
TaizĂ© n’a pas une solution propre :
Nous affichons à l’entrée de l’église à Taizé, où chacun peut recevoir la communion à l’Eucharistie catholique ou à la Sainte Cène. Dans la chapelle orthodoxe à Taizé, il y aussi régulièrement des célébrations de la liturgie orthodoxe, en particulier lorsque des prêtres orthodoxes sont présents.
Nous avons aussi mis en pratique une suggestion que le Cardinal Ratzinger avait formulĂ©e il y a de nombreuses annĂ©es dans un article et qui est de proposer le pain bĂ©ni Ă ceux qui ne communient pas. C’est une pratique rĂ©pandue dans les Eglises orthodoxes et que l’on trouve encore dans certains pays dans l’Eglise catholique. C’est un signe d’accueil

Aux obsèques de Jean-Paul II, beaucoup ont vu Frère Roger recevoir la communion. Il n’y avait là rien de nouveau. Il recevait la communion catholique depuis plus de 30 ans.
Vivants cette même réconciliation intérieure avec la foi de l’Eglise catholique, les frères reçoivent la communion catholique.
Les relations avec le protestantisme. Bref historique :
En fondant une communauté monastique frère Roger plongeait les racines de la communauté dans une réalité qui remontait plus loin que la Réforme. Il a fallu du temps pour que la communauté soit acceptée dans certains milieux. Nos amis Genevois des années 40 et 50 ont sûrement des souvenirs de cette période ! Plus tard, à la fin des années soixante, lorsque des frères catholiques sont entrés dans la communauté, il fallait encore s’ouvrir au fait que la communauté de Taizé était devenue une communauté oecuménique et non plus protestante. Cela n’a pas été facile. Mais je crois qu’aujourd’hui c’est largement acquis.
Dans certains pays où le protestantisme est minoritaire, l’opposition à l’église catholique fait souvent partie de l’identité de son identité confessionnelle. Cela relève d’une autre époque.
L’ordination comme prĂŞtre catholique de Max Thurian, son choix de conscience a Ă©tĂ© respectĂ©e. Mais cela n’est pas la finalitĂ© de la communautĂ© oecumĂ©nique de TaizĂ©.
Propos recueillis par Abbé Dominique Rimaz