LES EVÊQUES DE BELGIQUE ÉCRIVENT UNE LETTRE D’ENCOURAGEMENT AUX PRÊTRES
En ce mois de janvier 2007, les évêques écrivent à leurs prêtres une lettre. Elle a pour titre « Dieu a voulu nous apporter un encouragement puissant », citant de la sorte la lettre aux Hébreux (chap. 6 vers.18) Il s’agit d’une lettre d’encouragement, faisant à la vertu théologale de l’espérance.
Extraits :
Découragement
Comme prêtres, nous vivons de fait, des temps difficiles. Trop nombreux sont les problèmes pour les évoquer tous : sécularisation et indifférence, tensions à l’intérieur même de l’Eglise quant au dogme et à la morale, diminution du nombre de prêtres, de religieux et religieuses, vocations en nombre restreint dans nos régions, effritement du volontariat, extinction du christianisme sociologique et d’une culture chrétienne homogène. Même la figure du prêtre est en pleine mutation : portant une responsabilité croissante sur un territoire de plus en plus étendu, il risque de se trouver fort seul, du fait des liens toujours plus ténus avec une communauté concrète.(.)
Quant au travail pastoral même, il devient plus difficile. Constamment le prêtre doit bâtir des ponts : entre loi et miséricorde, théorie et pratique, exigence et compréhension, entre conservateurs et progressistes. Un vrai travail de Christophe, et dans un courant qui s’accélère sans cesse. Ajoutons que les questions qu’on lui pose sont de plus en plus compliquées : des problèmes qui n’arrivaient autrefois que sur la table du théologien - surtout en morale -, tout prêtre les trouve quasi quotidiennement sur son assiette. Il aura suffi d’un item au journal du soir. Sans parler d’ailleurs du ’déboisement de la mémoire chrétienne’ : beaucoup de chrétiens ne connaissent plus leur ’langue maternelle’. Dans ces conditions, il est encore moins aisé de répondre à leurs questions.
Il y a enfin la fragilité personnelle du prêtre, sa faiblesse : ’ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile’, disait Paul (2 Co 4,7). »
A l’école des paraboles
Pareil découragement, pareille ’déprime’, les disciples l’ont sans doute connue et la connaîtront à coup sûr. Que propose Jésus dans ce cas ? (. . . ) Jésus souligne les modalités propres qui régissent le Royaume. Elles s’écartent de celles qui sont en vigueur dans le monde : en économie et dans l’univers financier, dans les prévisions et calculs humains. Dans le monde en effet - et aujourd’hui plus que jamais -, ce sont l’efficience, la rationalité, la productivité et l’usage parcimonieux des moyens qui sont les clefs du succès. Aucune place pour la gratuité, la prodigalité ou le généreux gaspillage.
’Voyez le semeur’, dit Jésus, ’il connaît les problèmes de son champ : pierres, sentiers foulés aux pieds, épines et chardons. Mais il sait que de la bonne terre, il en existe toujours quelque part : en toute circonstance, à toute époque et dans chaque coeur humain’ (Mc 4,1-9).
C’est selon la logique du Royaume que les évêques invitent à considérer les différentes dimensions de la vie du prêtre : radicalité évangélique, disponibilité à la prière et aux appels de l’Eglise, célibat pour le Royaume. A propos de ce dernier, ils ajoutent :
Le combat pour la pureté
Il n’en reste pas moins que le célibat est difficile. Et à notre époque peut-être davantage qu’autrefois. Les prêtres disposent en effet moins de l’appui d’une communauté qui les comprend et les protège ; la promiscuité est grande ; médias et publicité ont une orientation toute autre ; la société ne veille guère à la santé morale. C’est pourquoi la vie commune avec des collègues, ou du moins leur proximité et leur appui sont-ils indispensables, en plus bien sûr d’une intense vie de prière et d’un amour personnel pour le Christ. Vivre en célibataire requiert en effet un intense amour.
Ajoutons enfin que la pureté évangélique est incontestablement une petite plante qui ne peut pousser isolée dans le jardin de Dieu. Elle a besoin dans son voisinage d’autres plantes : sans une certaine pauvreté-sobriété et sans obéissance elle s’étiole. On ne peut jamais séparer tout à fait les trois petites soeurs.
Les évêques rappellent que, que quoi que l’on fasse, une certaine forme de souffrance apostolique fait partie de la vie du disciple du Christ.
Même si nous agissions parfaitement, il y aurait encore résistance et opposition : ’Ils m’ont haï sans raison’, disait Jésus (Jn 15,25).
D’où l’importance de garder une claire identité de son ministère presbytéral :
A notre époque, il existe en outre une tendance à relier l’identité de quelqu’un d’abord avec ce qu’il fait. Or l’identité du prêtre vient surtout de ce qu’il est, bien plus que de ce qu’il fait. Les prêtres rendent le Christ présent dans l’Eglise. Avec les fidèles, ils sont membres du corps du Christ, mais pour les fidèles et vis-à -vis d’eux, ils sont ceux qui rendent présent le Christ-Tête. La tête n’est pas séparée du corps, mais elle ne coïncide pas avec lui. Ce ’vis-à -vis’ détermine l’agir du prêtre.
Interpréter les signes des temps
Les évêques invitent ensuite à lire les signes propres à l’époque dans laquelle nous vivons :
La paroisse : On a tendance à croire que la paroisse a toujours existé. Et de fait, elle est fort ancienne. (. . . ) Mais la paroisse est-elle éternelle ? Durant les dernières décennies, les conditions de vie ont été sérieusement modifiées. On ne vit plus de façon sédentaire, planté, grandissant et se développant dans un même terroir. Il existe des réseaux plus larges ; la proximité physique n’est plus du tout un facteur déterminant de la formation d’une communauté. On peut se déplacer et choisir.
Il est probable que le principe territorial ne sera jamais abandonné totalement, puisque les gens habitent toujours quelque part. Mais la forme concrète des paroisses va changer. Agrandissement territorial des communautés et collaboration entre elles vont s’imposer, ne fût-ce qu’en raison du nombre plus restreint de prêtres (et de laïcs engagés).(. . . ) Il n’est plus possible d’assurer tous les services, immédiatement et toujours ! Ajoutons enfin que le phénomène de la paroisse d’élection va se répandre. (. . . )
Une nouvelle sorte de prêtre : Le personnage du prêtre et son action pastorale vont également être modifiés. Il s’est passé tant de choses durant le demi siècle écoulé. Dès les tout débuts de la chrétienté existaient d’ailleurs des différences : Jacques était sédentaire, résidant à Jérusalem, Pierre faisait le tour des communautés d’origine juive pour se fixer finalement à Rome, Paul resta toujours un missionnaire itinérant. Chaque époque, peut-on dire, a ’modulé’ ses prêtres différemment et a mis à leur disposition d’autres outils pastoraux.
Le portrait du prêtre de demain, personne ne peut à l’heure actuelle le tracer avec certitude. Il se développera en effet, organiquement avec la civilisation ambiante et ses vicissitudes. Une chose est cependant sûre : il présentera une grande flexibilité. (. . . )
Le prêtre de l’avenir sera sans doute plus itinérant que sédentaire. Sans doute aussi devra-t-il souvent se passer de la sécurité d’une communauté locale chaleureuse et à taille humaine. (. . . )
Vivre et travailler ensemble : De jour en jour, s’affirme le besoin de collaboration entre prêtres. Et ce n’est pas seulement la conséquence de la pénurie de prêtres. C’est tout autant celle de l’isolement du ’moi’ et de l’individualisme croissant. En raison de ces derniers, nos contemporains recherchent plus qu’autrefois des communautés petites et chaleureuses. Le soutien des grands réseaux sociaux a disparu, mais on aspire à des liens plus proches. Il en sera de même pour les prêtres. (. . . )
L’entente entre prêtres est essentielle à la construction future de l’Eglise chez nous. (. . . )
Les sacrements
La pastorale des sacrements : La pastorale des sacrements est à la fois la joie et le tourment de bien des prêtres. Ils savent combien ce ministère est précieux dans l’Eglise : les sacrements sont les canaux de la grâce confiés à leurs mains. Mais par ailleurs, ils sont souvent tellement déçus par le décalage entre ce qu’ils veulent offrir et ce que demandent les fidèles. Ils doivent louvoyer entre laxisme et rigorisme, comme entre Charybde et Scylla. L’une et l’autre attitude témoignent indubitablement d’un souci pastoral légitime : celui de faire droit au sérieux de la pratique sacramentelle ou celui de savoir que les sacrements sont là pour les gens. (. . . )
Et ceux et celles qui se trouvent encore devant la porte ? Maintenant que l’époque de la civitas christiana et du Christianisme sociologique est révolue, que notre société est devenue un mélange au point de vue religieux, l’urgence s’impose d’une pastorale nouvelle, dont nous n’avons qu’une expérience sommaire : l’évangélisation de demi-croyants et de non-croyants. D’une pastorale d’entretien, nous passons indubitablement à une pastorale missionnaire. Et c’est là notre préoccupation majeure pour les décennies qui viennent. (. . . )
La joie
Le joie du prêtre : Nombreux sont les problèmes qui se posent aux prêtres d’aujourd’hui. Mais nous avons un motif majeur d’espérer et d’avoir confiance : notre vocation. Celle-ci a deux facettes, l’une objective, l’autre subjective. Mais toutes deux sont des faits manifestes, des signes de Dieu visibles et audibles sur lesquels nous pouvons bâtir.
La vocation objective, c’est notre élection par l’Eglise ainsi que l’imposition des mains et la prière de l’évêque. (. . . )
Il y a aussi la vocation subjective. Ce sont tous les signes que Dieu nous adresse dans le coeur (. . . )
Les Evêques remercient leurs prêtres
Chers frères prêtres, nous tenons à vous remercier d’être restés de fidèles collaborateurs de vos évêques en ces temps difficiles ; ’Vous êtes, vous, ceux qui ont tenu bon avec Moi dans mes épreuves’, disait Jésus aux apôtres la veille de sa mort (Lc 22, 28) : chacun d’entre nous, à sa suite, vous le dit avec reconnaissance. (.)
références :
« Dieu a voulu nous apporter un encouragement puissant », lettre aux prêtres est édité par LICAP au prix de 5 euro. Il peut être commandé dans toutes les librairies religieuses. http://www.licap.be/