Edito

Lors de chaque JMJ ont lieu des catĂ©chèses donnĂ©es par des Ă©vĂŞques : après un moment de louange, l’évĂŞque donne un enseignement suivi d’un temps de questions ; la rencontre se termine par la cĂ©lĂ©bration de l’Eucharistie prĂ©sidĂ©e par l’évĂŞque. Ces catĂ©chèses furent l’occasion pour une partie des suisses (...)

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Messe de suffrage pour Jean-Paul II

2ème anniversaire du retour à Dieu de Jean Paul II
lundi 2 avril 2007.

HomĂ©lie dense, priante et profonde du Pape BenoĂ®t XVI Ă  l’occasion du 2ème anniversaire du Serviteur de Dieu Jean-Paul II. Avec sa voix sereine, douce, le Pape a rappelĂ© le geste de l’onction de Marie, dont le parfum se rĂ©pand dans toute la maison. L’Amour de Jean Paul II pour le Christ a aussi Ă©tĂ© rĂ©pandu dans toute l’Eglise, dans le monde entier, de façon unique dans l’histoire. Il fut le Serviteur que Dieu a soutenu, qui a aimĂ© Marie toute sa vie durant avec le "Totus Tuus". Extraits en substance de l’homĂ©lie du Pape.

Homélie du Pape Benoît XVI

lundi 2 avril, Place Saint Pierre

en substance :

Il y a deux ans, Jean-Paul II retournait vers la maison du Père (applaudissements). Durant 27 ans, il fut un Pasteur zĂ©lĂ© et un ApĂ´tre de l’espĂ©rance. Nous offrons le sacrifice de suffrage pour son âme. Le sacrement de l’autel Ă©tait le centre de sa vie. Un salut particulier, au Cardinal Dziwicz (applaudissements), avec les sentiments de son coeur, et aux nombreux jeunes que le Pape Jean Paul II aimait avec tant de passion (applaudissements)

La liturgie nous fait revivre les derniers instants de JĂ©sus. L’onction de BĂ©thanie, six jours avant la RĂ©surrection, est une instant de joie et de souffrance.

Il y a un geste qui nous touche dans ce passage de l’Evangile. Un parfum prĂ©cieux, les cheveux de Marie, ou l’ApĂ´tre Saint Jean nous parle de l’Amour du Christ, de la logique de l’Amour. Le geste de Marie est riche. Jean-Paul II a aussi rĂ©pandu un amour pour le Christ, le parfum de son amour a rempli toute l’Eglise. Son Amour s’est rĂ©pandu dans tout le monde. Le nombre de personnes qui ont Ă©tĂ© touchĂ© par la mort du Pape est un signe Ă©loquent. Saint Augustin parle de ce parfum : la bonne odeur est la bonne rĂ©putation de saintetĂ©. Nous avons vu en Jean-Paul II, avec le Calvaire et sa mort sereine, que JĂ©sus Christ Ă©tait son tout ! La fĂ©conditĂ© dĂ©pend de la croix.

Pour lui, cela n’a pas Ă©tĂ© qu’une parole, depuis son enfance, jusqu’Ă  son pontificat. Il a accompli la parole du MaĂ®tre : Suis-moi ! Avec sa maladie, sa vie fut une offrande au Christ. Son pontificat fut celui de la gĂ©nĂ©rositĂ©. Lors de son Ă©lection en 1978, il a entendu ces paroles : "Le MaĂ®tre est lĂ  et il t’appelle". Egalement le 2 avril, le MaĂ®tre est revenu et il l’a portĂ© Ă  la maison, Ă  la maison du Père. Jean-Paul II a dit : "Laissez-moi allez vers le Père ". Il s’est prĂ©parĂ© longtemps Ă  cette rencontre, dans la prière, dans sa chapelle privĂ©e. Il a vĂ©cu son "Totus tuus !" Il a vĂ©cu comme son MaĂ®tre ,dans la prière. Le jour de la divine misĂ©ricorde, le jour de sa mort, il a demandĂ© la lecture de Saint Jean. Il est mort en priant, et toute la maison s’est remplie (applaudissements) du parfum. Le parfum de la foi, l’espĂ©rance, l’Amour, a rempli la place Saint Pierre, le monde. Le Père l’a conformĂ© au Christ. Comme le disait la première lecture : "Voici mon serviteur que je soutiens. J’ai mis mon Esprit sur Lui". Serviteur de Dieu, nous appelons ainsi Jean Paul II, avec ce matin la fin du procès de bĂ©atification (appaudissements) Le maĂ®tre l’a appelĂ© Ă  son service, comme prĂŞtre, Ă©vĂŞque, puis Pape pour toute ’Eglise. Cela atteint son paroxysme lors de sa mort, sans prĂ©cĂ©dent dans l’histoire. Depuis la maison du Père, nous sommes certains !, il continue de veiller sur l’Eglise. Regardons la RĂ©surrection du Christ. Le "Totus tuus" Ă  Marie nous stimule. Prions la Vierge Marie, nous lui confions, notre père, notre ami, notre frère, pour qu’il repose dans la paix !

(applaudissements)

Amen

ROME, Mardi 3 avril 2007 (ZENIT.org)

- BenoĂ®t XVI affirme qu’il est « certain » de la prĂ©sence de Jean-Paul II « dans la Maison du Père », et qu’il « s’est vĂ©ritablement endormi dans le Seigneur ».

Le pape BenoĂ®t XVI a prĂ©sidĂ© une messe en mĂ©moire du serviteur de Dieu Jean-Paul II, le lundi 2 avril Ă  17 h 30, place Saint-Pierre Ă  l’occasion du deuxième anniversaire de la mort du pape Wojtyla, dĂ©cĂ©dĂ© Ă  21 h 37 le 2 avril 2005 au palais apostolique du Vatican tandis que la foule l’accompagnait en priant le chapelet place Saint-Pierre.

Au dĂ©but de la cĂ©lĂ©bration, des jeunes ont scandĂ© en italien « Saint tout de suite », « Santo subito ».

« Nous en sommes certains »

Dans son homĂ©lie, en commentant le psaume, le pape a affirmĂ© sa certitude en disant : « Dans la communion des saints, il nous semble les Ă©couter de la voix mĂŞme du bien-aimĂ© Jean-Paul II, qui de la maison du Père - nous en sommes certain - ne cesse d’accompagner le chemin de l’Eglise : « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur » (Ps26, 13-14). Oui, que notre cĹ“ur prenne courage, chers frères et sĹ“urs, et qu’il brĂ»le d’espĂ©rance ! »

La route du don de nous-mĂŞmes au Christ

« Cette invitation dans le cĹ“ur, ajoutait le pape, nous poursuivons la cĂ©lĂ©bration eucharistique, en regardant dĂ©jĂ  la lumière de la rĂ©surrection du Christ, qui brillera lors de la veillĂ©e pascale après l’obscuritĂ© dramatique du Vendredi Saint. Que le « Totus tuus » du bien-aimĂ© pontife nous incite Ă  le suivre sur la route du don de nous-mĂŞmes au Christ par l’intercession de Marie, et que ce soit prĂ©cisĂ©ment Elle, la Vierge Sainte, qui nous l’obtienne, alors que nous confions Ă  ses mains maternelles notre père, notre frère et notre ami afin qu’il repose en Dieu et qu’il se rĂ©jouisse dans la paix ».

Notre action de grâce

D’emblĂ©e, BenoĂ®t XVI avait rendu grâces Ă  Dieu pour le don de Jean-Paul II Ă  l’Eglise et au monde en disant : « A travers cette cĂ©lĂ©bration, nous voulons avant tout renouveler Ă  Dieu notre action de grâce pour nous l’avoir donnĂ© pendant près de 27 ans, en tant que père et guide sĂ»r dans la foi, pasteur zĂ©lĂ© et prophète courageux d’espĂ©rance, tĂ©moin inlassable et serviteur passionnĂ© de l’amour de Dieu ».

Témoignage éloquent

A partir du geste de l’onction de Marie de BĂ©thanie, le pape affirmait : « Il Ă©voque le tĂ©moignage lumineux que Jean-Paul II a offert d’un amour pour le Christ sans rĂ©serve et sans s’Ă©pargner. Le « parfum » de son amour « a empli la maison » (Jn 12, 3), c’est-Ă -dire toute l’Eglise. Certes, nous en avons profitĂ©, nous qui avons Ă©tĂ© proches de lui et nous en rendons grâces Ă  Dieu, mais tous ceux qui l’ont connu de loin ont Ă©galement pu en profiter, parce que l’amour du Pape Wojtyla pour le Christ s’est dĂ©versĂ©, pourrait-on dire, dans toutes les rĂ©gions du monde, tant il Ă©tait fort et intense. L’estime, le respect et l’affection que les croyants lui ont exprimĂ© Ă  sa mort n’en sont-ils pas le tĂ©moignage Ă©loquent ? »

Intense et fructueux ministère

« C’est bien vrai : l’intense et fructueux ministère pastoral, et plus encore le calvaire de l’agonie et la mort sereine de notre bien-aimĂ© Pape, ont fait connaĂ®tre aux hommes de notre temps que JĂ©sus Christ Ă©tait vĂ©ritablement son « tout ». », insistait le pape.

Le parfum répandu dans le monde

Reprenant l’image du parfum, le pape BenoĂ®t XVI soulignait l’universalitĂ© du message de Jean-Paul II : « Le parfum de la foi, de l’espĂ©rance et de la charitĂ© du Pape emplit sa maison, emplit la Place Saint-Pierre, emplit l’Eglise et se rĂ©pandit dans le monde entier. Ce qui est arrivĂ© après sa mort a Ă©tĂ©, pour ceux qui croient, l’effet de ce « parfum » qui est parvenu Ă  chacun, qu’il soit proche ou lointain, et qui l’a attirĂ© vers un homme que Dieu avait progressivement configurĂ© Ă  son Christ. C’est pourquoi nous pouvons lui appliquer les paroles du premier Poème du Serviteur du Seigneur, que nous avons Ă©coutĂ© dans la première Lecture : « Voici mon serviteur que je soutiens, / mon Ă©lu en qui mon âme se complaĂ®t. J’ai mis sur lui mon esprit, / il prĂ©sentera aux nations le droit... » (Is 42, 1) ».

Béatification

Le pape se rĂ©jouissait de l’avancĂ©e du procès de bĂ©atification, sous les applaudissements de la foule : « Serviteur de Dieu » : voilĂ  ce qu’il fut et, Ă  prĂ©sent, nous l’appelons ainsi dans l’Eglise, alors qu’avance rapidement son procès de bĂ©atification, dont ce matin l’enquĂŞte sur la vie, les vertus et la rĂ©putation de saintetĂ© a prĂ©cisĂ©ment Ă©tĂ© close ».

Une participation jamais vue dans l’histoire

Mais le pape rappelait aussi la façon inouĂŻe dont les foules ont tĂ©moignĂ© leur attachement Ă  Jean-Paul II après sa mort : « « Serviteur de Dieu » : un titre particulièrement appropriĂ© pour lui. Le Seigneur l’a appelĂ© Ă  son service sur la route du sacerdoce et il lui a ouvert peu Ă  peu des horizons toujours plus vastes : de son diocèse jusqu’Ă  l’Eglise universelle. Cette dimension d’universalitĂ© a atteint son sommet au moment de sa mort, un Ă©vĂ©nement que le monde entier a vĂ©cu avec une participation jamais vue dans l’histoire ».

Peu à peu dépouillé de tout

BenoĂ®t XVI indiquait la source d’une telle fĂ©conditĂ© en disant : « La fĂ©conditĂ© de ce tĂ©moignage, nous le savons, dĂ©pend de la Croix. Dans la vie de Karol Wojtyla la parole « croix » n’a pas Ă©tĂ© qu’un mot. Dès son enfance et sa jeunesse, il connut la douleur et la mort. En tant que prĂŞtre et en tant qu’EvĂŞque, et surtout Souverain Pontife, il prit très au sĂ©rieux ce dernier appel du Christ ressuscitĂ© Ă  Simon Pierre, sur la rive du lac de GalilĂ©e : « Suis-moi... Mais toi, suis-moi » (Jn 21, 19.22). En particulier avec la progression lente, mais implacable, de la maladie, qui l’a peu Ă  peu dĂ©pouillĂ© de tout, son existence est entièrement devenue une offrande au Christ, annonce vivante de sa passion, dans l’espĂ©rance remplie de foi de la rĂ©surrection ».

Pour le conduire à la maison du Père

« Son pontificat s’est dĂ©roulĂ© sous le signe de la « prodigalitĂ© », du don gĂ©nĂ©reux sans rĂ©serve, continuait BenoĂ®t XVI. Qu’est-ce qui le soutenait, si ce n’est l’amour mystique pour le Christ, pour Celui qui, le 16 octobre 1978, l’avait fait appeler, selon les paroles du cĂ©rĂ©monial : « Magister adest et vocat te - Le MaĂ®tre est ici et il t’appelle » ? Le 2 avril 2005, le MaĂ®tre revint l’appeler, cette fois sans intermĂ©diaire, pour le conduire Ă  la maison, Ă  la maison du Père. Et Lui, encore une fois, rĂ©pondit promptement avec un cĹ“ur courageux, et murmura : « Laissez-moi aller au Seigneur » (cf. S. Dziwisz, « Une vie avec Karol », p. 223) ».

Véritablement endormi dans le Seigneur

BenoĂ®t XVI citait le testament de Jean-Paul II en indiquant comment le « dĂ©part » a Ă©tĂ© prĂ©parĂ© au fil des ans : « Il se prĂ©parait depuis longtemps Ă  cette dernière rencontre avec JĂ©sus, comme le montrent les diverses rĂ©dactions de son Testament. Au cours des longues stations dans sa Chapelle privĂ©e il parlait avec Lui, s’abandonnant totalement Ă  sa volontĂ©, et il se confiait Ă  Marie, en rĂ©pĂ©tant : « Totus tuus ». Comme son divin MaĂ®tre, il a vĂ©cu son agonie en prière. Au cours du dernier jour de sa vie, veille du Dimanche de la Divine MisĂ©ricorde, il demanda qu’on lui lise prĂ©cisĂ©ment l’Evangile de Jean. Avec l’aide des personnes qui l’assistaient, il voulut prendre part Ă  toutes les prières quotidiennes et Ă  la Liturgie des Heures, suivre l’adoration et la mĂ©ditation. Il est mort en priant. Il s’est vĂ©ritablement endormi dans le Seigneur ».

source

ZF07040301

Homélie intégrale

MESSE EN MÉMOIRE DE JEAN-PAUL II Ă€ L’OCCASION DU II ANNIVERSAIRE DE SA DISPARITION

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Place Saint-Pierre

Lundi 2 avril 2007

VĂ©nĂ©rĂ©s frères dans l’Ă©piscopat et dans le sacerdoce, chers frères et sĹ“urs ! Il y a deux ans, un plus plus tard qu’Ă  cette heure-ci, le bien-aimĂ© Pape Jean-Paul II quittait ce monde pour aller vers la maison du Père. A travers cette cĂ©lĂ©bration, nous voulons avant tout renouveler Ă  Dieu notre action de grâce pour nous l’avoir donnĂ© pendant près de 27 ans, en tant que père et guide sĂ»r dans la foi, pasteur zĂ©lĂ© et prophète courageux d’espĂ©rance, tĂ©moin inlassable et serviteur passionnĂ© de l’amour de Dieu. Dans le mĂŞme temps, nous offrons le Sacrifice eucharistique en mĂ©moire de son âme Ă©lue, dans le souvenir indĂ©lĂ©bile de la grande dĂ©votion avec laquelle il cĂ©lĂ©brait les saints Mystères et adorait le Sacrement de l’autel, centre de sa vie et de son inlassable mission apostolique.

Je dĂ©sire exprimer ma reconnaissance Ă  vous tous, qui avez voulu prendre part Ă  cette Messe. J’adresse un salut particulier au Cardinal Stanislaw Dziwisz, ArchevĂŞque de Cracovie, en imaginant les sentiments qui emplissent son âme en cet instant. Je salue les autres Cardinaux, les EvĂŞques, les prĂŞtres, les religieux et les religieuses prĂ©sents ; les pèlerins venus exprès de Pologne ; les nombreux jeunes que le Pape Jean-Paul II aimait avec une passion particulière, et les nombreux fidèles qui se sont donnĂ© rendez-vous aujourd’hui, ici, Place Saint-Pierre, de toutes les parties d’Italie et du monde.

Le deuxième anniversaire de la pieuse disparition de ce bien-aimĂ© Pontife a lieu dans un contexte extrĂŞmement propice au recueillement et Ă  la prière : en effet, hier, avec le Dimanche des Rameaux, nous sommes entrĂ©s dans la Semaine Sainte, et la Liturgie nous fait revivre les dernières journĂ©es de la vie terrestre du Seigneur JĂ©sus. Aujourd’hui, il nous conduit Ă  BĂ©thanie, oĂą, prĂ©cisĂ©ment "six jours avant la Pâque" - comme le notait l’Ă©vangĂ©liste Jean - Lazare, Marthe et Marie offrirent un repas au MaĂ®tre. Le rĂ©cit Ă©vangĂ©lique confère un intense climat pascal Ă  notre mĂ©ditation : le repas de BĂ©thanie est un prĂ©lude Ă  la mort de JĂ©sus, sous le signe de l’onction que Marie accomplit en hommage au MaĂ®tre et qu’Il accepta en prĂ©vision de sa sĂ©pulture (cf. Jn 12, 7). Mais c’est Ă©galement l’annonce de la rĂ©surrection, Ă  travers la prĂ©sence mĂŞme de Lazare ressuscitĂ©, tĂ©moignage Ă©loquent du pouvoir du Christ sur la mort. Outre l’importance de la signification pascale, le rĂ©cit du repas de BĂ©thanie porte en lui un Ă©cho dĂ©chirant, empli d’affection et de dĂ©votion ; un mĂ©lange de joie et de douleur : une joie festive pour la visite de JĂ©sus et de ses disciples, pour la rĂ©surrection de Lazare, pour la Pâque dĂ©sormais proche ; une profonde amertume car cette Pâque pouvait ĂŞtre la dernière, comme le laissaient craindre les intrigues des Juifs qui voulaient la mort de JĂ©sus et les menaces contre Lazare lui-mĂŞme dont on projetait l’Ă©limination.

Dans cet Ă©pisode Ă©vangĂ©lique, un geste attire notre attention, qui, aujourd’hui encore, parle de façon particulière Ă  nos cĹ“urs : Ă  un certain moment, Marie de BĂ©thanie, "prenant une livre de parfum de nard pur, de grand prix, oignit les pieds de JĂ©sus et les essuya avec ses cheveux" (Jn 12, 3). C’est l’un des dĂ©tails de la vie de JĂ©sus que saint Jean a recueillis dans la mĂ©moire de son cĹ“ur et qui contiennent une profondeur expressive inĂ©puisable. Il parle de l’amour pour le Christ, un amour surabondant, prodigue, comme l’onguent "de grand prix" versĂ© sur ses pieds. Un fait qui scandalisa de façon caractĂ©ristique Judas l’Iscariote : la logique de l’amour s’oppose Ă  celle du profit.

Pour nous, rĂ©unis en prière dans le souvenir de mon vĂ©nĂ©rĂ© prĂ©dĂ©cesseur, le geste de l’onction de Marie de BĂ©thanie est riche d’Ă©chos et de suggestions spirituelles. Il Ă©voque le tĂ©moignage lumineux que Jean-Paul II a offert d’un amour pour le Christ sans rĂ©serve et sans s’Ă©pargner. Le "parfum" de son amour "a empli la maison" (Jn 12, 3), c’est-Ă -dire toute l’Eglise. Certes, nous en avons profitĂ©, nous qui avons Ă©tĂ© proches de lui et nous en rendons grâces Ă  Dieu, mais tous ceux qui l’ont connu de loin ont Ă©galement pu en profiter, parce que l’amour du Pape Wojtyla pour le Christ s’est dĂ©versĂ©, pourrait-on dire, dans toutes les rĂ©gions du monde, tant il Ă©tait fort et intense. L’estime, le respect et l’affection que les croyants lui ont exprimĂ© Ă  sa mort n’en sont-ils pas le tĂ©moignage Ă©loquent ? Saint Augustin Ă©crit, en commentant ce passage de l’Evangile de Jean : "La maison s’emplit de ce parfum ; c’est-Ă -dire que le monde s’est empli de la bonne nouvelle. Le bon parfum est la bonne nouvelle... Par le mĂ©rite des bons chrĂ©tiens, le nom du Seigneur est louĂ©" (In Io. evang. tr. 50, 7). C’est bien vrai : l’intense et fructueux ministère pastoral, et plus encore le calvaire de l’agonie et la mort sereine de notre bien-aimĂ© Pape, ont fait connaĂ®tre aux hommes de notre temps que JĂ©sus Christ Ă©tait vĂ©ritablement son "tout".

La fĂ©conditĂ© de ce tĂ©moignage, nous le savons, dĂ©pend de la Croix. Dans la vie de Karol Wojtyla la parole "croix" n’a pas Ă©tĂ© qu’un mot. Dès son enfance et sa jeunesse, il connut la douleur et la mort. En tant que prĂŞtre et en tant qu’EvĂŞque, et surtout Souverain Pontife, il prit très au sĂ©rieux ce dernier appel du Christ ressuscitĂ© Ă  Simon Pierre, sur la rive du lac de GalilĂ©e : "Suis-moi... Mais toi, suis-moi" (Jn 21, 19.22). En particulier avec la progression lente, mais implacable, de la maladie, qui l’a peu Ă  peu dĂ©pouillĂ© de tout, son existence est entièrement devenue une offrande au Christ, annonce vivante de sa passion, dans l’espĂ©rance remplie de foi de la rĂ©surrection.

Son pontificat s’est dĂ©roulĂ© sous le signe de la "prodigalitĂ©", du don gĂ©nĂ©reux sans rĂ©serve. Qu’est-ce qui le soutenait, si ce n’est l’amour mystique pour le Christ, pour Celui qui, le 16 octobre 1978, l’avait fait appeler, selon les paroles du cĂ©rĂ©monial : "Magister adest et vocat te - Le MaĂ®tre est ici et il t’appelle" ? Le 2 avril 2005, le MaĂ®tre revint l’appeler, cette fois sans intermĂ©diaire, pour le conduire Ă  la maison, Ă  la maison du Père. Et Lui, encore une fois, rĂ©pondit promptement avec un cĹ“ur courageux, et murmura : "Laissez-moi aller au Seigneur" (cf. S. Dziwisz, Une vie avec Karol, p. 223).

Il se prĂ©parait depuis longtemps Ă  cette dernière rencontre avec JĂ©sus, comme le documentent les diverses rĂ©dactions de son Testament. Au cours des longues stations dans sa Chapelle privĂ©e il parlait avec Lui, s’abandonnant totalement Ă  sa volontĂ©, et il se confiait Ă  Marie, en rĂ©pĂ©tant Totus tuus. Comme son divin MaĂ®tre, il a vĂ©cu son agonie en prière. Au cours du dernier jour de sa vie, veille du Dimanche de la Divine MisĂ©ricorde, il demanda qu’on lui lise prĂ©cisĂ©ment l’Evangile de Jean. Avec l’aide des personnes qui l’assistaient, il voulut prendre part Ă  toutes les prières quotidiennes et Ă  la Liturgie des Heures, suivre l’adoration et la mĂ©ditation. Il est mort en priant. Il s’est vĂ©ritablement endormi dans le Seigneur.

"... La maison fut remplie par l’odeur du parfum" (Jn 12, 3). Revenons Ă  cette annotation, si suggestive, de l’Ă©vangĂ©liste Jean. Le parfum de la foi, de l’espĂ©rance et de la charitĂ© du Pape remplit sa maison, remplit la Place Saint-Pierre, remplit l’Eglise et se rĂ©pandit dans le monde entier. Ce qui est arrivĂ© après sa mort a Ă©tĂ©, pour ceux qui croient, l’effet de ce "parfum" qui est parvenu Ă  chacun, qu’il soit près ou loin, et qui l’a attirĂ© vers un homme que Dieu avait progressivement configurĂ© Ă  son Christ. C’est pourquoi nous pouvons lui appliquer les paroles du premier Poème du Serviteur du Seigneur, que nous avons Ă©coutĂ© dans la première Lecture : "Voici mon serviteur que je soutiens, / mon Ă©lu en qui mon âme se complaĂ®t. J’ai mis sur lui mon esprit, / il prĂ©sentera aux nations le droit..." (Is 42, 1). "Serviteur de Dieu" : voilĂ  ce qu’il fut et, Ă  prĂ©sent, nous l’appelons ainsi dans l’Eglise, alors qu’avance rapidement son procès en bĂ©atification, dont ce matin l’enquĂŞte sur la vie, les vertus et la rĂ©putation de saintetĂ© a prĂ©cisĂ©ment Ă©tĂ© close. "Serviteur de Dieu" : un titre particulièrement appropriĂ© pour lui. Le Seigneur l’a appelĂ© Ă  son service sur la route du sacerdoce et il lui a ouvert peu Ă  peu des horizons toujours plus vastes : de son diocèse jusqu’Ă  l’Eglise universelle. Cette dimension d’universalitĂ© a atteint son sommet au moment de sa mort, un Ă©vĂ©nement que le monde entier a vĂ©cu avec une participation jamais vue dans l’histoire.

Chers frères et sĹ“urs, le Psaume responsorial a placĂ© sur nos lèvres des paroles pleines de confiance. Dans la communion des saints, il nous semble les Ă©couter de la voix mĂŞme du bien-aimĂ© Jean-Paul II, qui de la maison du Père - nous en sommes certains - ne cesse d’accompagner le chemin de l’Eglise : "Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur" (Ps 26, 13-14). Oui, que notre cĹ“ur prenne courage, chers frères et sĹ“urs, et qu’il brĂ»le d’espĂ©rance ! Avec cette invitation dans le cĹ“ur nous poursuivons la CĂ©lĂ©bration eucharistique, en regardant dĂ©jĂ  la lumière de la rĂ©surrection du Christ, qui brillera lors de la veillĂ©e pascale après l’obscuritĂ© dramatique du Vendredi Saint. Que le Totus tuus du bien-aimĂ© Pontife nous incite Ă  le suivre sur la route du don de nous-mĂŞmes au Christ par l’intercession de Marie, et que ce soit prĂ©cisĂ©ment Elle, la Sainte Vierge, qui nous l’obtienne, alors que nous confions Ă  ses mains maternelles notre père, frère et ami afin qu’il repose en Dieu et qu’il se rĂ©jouisse dans la paix. Amen.


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